La liste de mes envies

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On se ment toujours.
Je sais bien, par exemple, que je ne suis pas jolie. Je n’ai pas des yeux bleus dans lesquels les hommes se contemplent ; dans lesquels ils ont envie de se noyer pour qu’on plonge les sauver. Je n’ai pas la taille mannequin ; je suis du genre pulpeuse, enrobée même. Du genre qui occupe une place et demie. J’ai un corps dont les bras d’un homme de taille moyenne ne peuvent pas tout à fait faire le tour. Je n’ai pas la grâce de celles à qui l’on murmure de longues phrases, avec des soupirs en guise de ponctuation ; non.
J’appelle plutôt la phrase courte. La formule brutale. L’os du désir, sans la couenne ; sans le gras confortable. Je sais tout ça.
Et pourtant, lorsque Jo n’est pas encore rentré, il m’arrive de monter dans notre chambre et de me planter devant le miroir de notre armoire-penderie – il faut que je lui rappelle
de la fixer au mur avant qu’un de ces jours, elle ne m’écrabouille pendant ma contemplation.
Je ferme alors les yeux et je me déshabille doucement, comme personne ne m’a jamais déshabillée. J’ai chaque fois un peu froid ; je frissonne. Quand je suis tout à fait nue, j’attends un peu avant d’ouvrir les yeux. Je savoure. Je vagabonde. Je rêve. Je revois les corps émouvants alanguis dans les livres de peinture qui traînaient chez nous ; plus tard, les corps plus crus des magazines.
Puis je relève doucement mes paupières, comme au ralenti.
Je regarde mon corps, mes yeux noirs, mes seins petits, ma bouée de chair, ma forêt de poils sombres et je me trouve belle et je vous jure qu’à cet instant, je suis belle, très belle même.

Revue de presse

La Liste de mes envies, roman phénomène de Grégoire Delacourt (51 ans)… Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais son deuxième opus caracole en tête des meilleures ventes, avec près de 10 000 exemplaires en quinze jours… Grégoire Delacourt a produit un joli cocktail d’Ah ! si j’étais riche et de Bienvenue chez les Ch’tis, avec une pincée de Belle du seigneur. Citant à loisir Sauver l’amour, de Daniel Balavoine (« Qui pourra remplacer le besoin par l’envie ? »), l’auteur se défend de tout opportunisme. « J’avais simplement envie de rendre hommage à ces métiers du textile qui ont bercé mon enfance. » La Liste de mes envies possède un charme naturel et une évidente efficacité.
Avant même sa sortie, le 1er février, on réclamait le livre en Corée, au Japon, en Europe, et même aux États-Unis et en Chine : rarissime pour un roman français. Sans compter qu’on la verra bientôt sur grand écran, mais, chut ! pour l’instant, c’est confidentiel. Pourtant, s’il s’agit d’un phénomène éditorial, La liste de mes envies est avant tout un bijou littéraire…. On se sent incroyablement bien dans ce conte du renoncement, au chaud et en terre connue. Sans doute la grâce de l’écriture de Grégoire Delacourt, qui sait dire le « je » d’une femme avec une délicatesse émouvante, la vérité des êtres réconciliés et l’étrange douleur de la tendresse humaine. (Karine Papillaud – Le Point du 23 février 2012)
Grégoire Delacourt s’est toujours joué des mots. On lui doit plusieurs slogans publicitaires, de ceux qui se gravent de manière indélébile dans cette «part de cerveau disponible». La «réclame» (c’est le terme qu’il emploie), même si elle se nourrit de mots, ne mène pas systématiquement à la littérature. Grégoire Delacourt a pris son temps… «Etre riche, c’est voir tout ce qui est laid puisqu’on a l’arrogance dépenser qu’on peut changer les choses. Qu’il suffit de payer pour ça.» Mais le hasard va réduire à néant l’équilibre qu’elle avait si patiemment construit. Cette fois, elle n’aura d’autre choix que de décider elle-même de sa vie, mais à quel prix ? Grégoire Delacourt applique à la littérature ce qui a fait son succès dans le monde de la publicité : trouver les mots justes pour provoquer le désir. (Véronique Cassarin-Grand – Le Nouvel Observateur du 1er mars 2012)

 

Les petits bonheurs du quotidien… un succès littéraire… Je n’y résiste pas !

« Moi, les mots, j’aime bien. J’aime bien les phrases longues, les soupirs qui s’éternisent. J’aime bien quand les mots cachent parfois ce qu’ils disent ; ou le disent d’une manière nouvelle. »

Quand le quotidien est à ce point mis en valeur à travers les choses de la vie, quelles qu’elles soient, l’on peut penser que le mot « auteur » et « talent » se sont trouvés dans une narration pleine de nuances; la palette de toutes les couleurs du quotidien d’une vie ordinaire, mais toujours si singulière.
Un livre sur le bonheur, mais son corollaire est le mensonge, la trahison et la peur de la perte. Le mensonge de cette femme est le produit de sa très grande lucidité, elle essaie de ne plus se mentir à elle-même. Les petits arrangements avec soi-même relèvent-ils du mensonge ? Je ne crois pas. Ici, le mensonge devient une élégance avec soi-même,… et mensonge ne vaut pas trahison !
Le loto comme métaphore du possible, j’adore ! L’idée de gagner du possible !!! j’adoooore !  Amusant comme le choix de mes récentes lectures vient parler de lui-même ! Me voilà saisie par cet écho qui résonne, résonne, résonne !
Après avoir reçu le Prix Marcel Pagnol pour son premier roman « L’écrivain de la famille », Grégoire Delacourt, né en 1960 à Valenciennes, surdoué de la publicité, publie « La liste de mes envies » (JC Lattès). Avant même sa sortie, les droits de traduction ont déjà été vendus à 30 pays.  Grégoire Delacourt est un auteur de la trempe des Anna Gavalda, David Foenkinos. Il sait raconter les choses avec grâce, simplicité, légèreté et humour, même quand ce sont des tragédies. Avec en plus le sens de la formule qui fait mouche.
La liste de mes envies [Prix des lecteurs de L’Express], un véritable moment de fraicheur, de légèreté, d’humour quelquefois grinçant. Agréable et dynamisant comme les premiers rayons de soleil du printemps.
Merci, Grégoire Delacourt, pour ce très beau moment de lecture.

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