La vie en mieux

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Et Facebook, c’est pas du fantasme ? Et Meetic ? Et Adopte ? Et Attractive ? Et tous ces sites de rencontre à la con ? Tous ces chaudrons misérables, où l’on vous fait bien touiller votre solitude entre deux visuels de pub , tous ces « j’aime » cliqués droit, tous ces réseaux d’amis imaginaires, de communautés surveillées, de fraternités démunies, grégaires et payantes reliées à des serveurs richissimes, c’est quoi ? Et cette fébrilité, là… Cet état de manque permanent, ce trou au côté , ces téléphones que vous rongez sans cesse, ces écrans qu’il vous faut toujours déverrouiller, ces vies que vous achetez pour pouvoir continuer à jouer, cette blessure, cette bonde, ces serrements dans votre poche ? Cette façon que vous avez, tous, toujours, de tout le temps vérifier si on ne vous a pas laissé un mot, un message, un signe, une relance, une notification, une pub, un… Un n’importe quoi. Et ce « on » qui peut être n’importe qui ou n’importe quoi aussi du moment que ça s’adreesse à vous, que ça vous rassure, que ça vous rappelle que vous êtes vivant, que vous existez, que vous comptez et qu’à défaut de vous connaître autrement, on peut peut-être essayer de vous refourguer une dernière petite saloperie au passage. Tous ces abîmes, tous ces vertiges, toutes ces lignes de codes que vous caressez dans le métro et qui vous jettent comme une vieille merde sitôt que « ça » ne capte plus. Toutes ces distractions qui vous distraient de vous-mêmes, qui vous ont fait perdre l’habitude de penser à vous, de rêver à vous, de papoter avec la base, d’apprendre à vous connaître ou à vous reconnaître, de regarder les autres, de sourire aux inconnus, de mater, de flirter, d’emballer, de baiser, même ! Mais qui vous donnent l’illusion d’en être et d’embrasser le monde entier… […] Tous ces sentiments codés, toutes ces amitiés qui ne tiennent qu’à un fil, qu’il faut recharger tous les soirs et dont il ne resterait rien si les plombs sautaient, c’est pas du fantasme, ça peut-être ?

Sensibilité. Finesse. Un don inouï de la formule et de l’image. Une manière unique de parler du monde d’aujourd’hui avec une foule de détails si percutants. Anna Gavalda compose une ode autour de deux protagonistes un peu perdus.

Deux histoires.
Deux histoires de jeunes gens de notre temps, repus, mais affamés, polis, mais enragés, qui préfèrent encore prendre le risque de se tromper de vie plutôt que de n’en vivre aucune.
Deux histoires, donc.
Anna Gavalda, c’est cette écriture particulière où l’on entend les personnages penser. On les écoute bien plus qu’on ne les lit. On les (res)sent bien plus qu’on ne les écoute. Une signature très Gavalda. Unique. Auteure qui fait exister ses personnages. En dehors des lieux communs et des descriptions sans fin, c’est dans leur authenticité qu’ils trouvent toute leur épaisseur. Ils ont oublié la politesse, car « on peut rater sa vie par politesse ». Jeunes gens qui ont la peau plus dure que les mots.

Une intrigue étonnante.
On essaie de trouver une raison à tout ça, un lien entre les deux personnages principaux, écorchés vifs, oubliés de tous, qui un jour décident que leur vie, ça suffit.
Il n’y en a pas, de lien.
Il ne faut rien chercher de plus dans ce roman que ce qu’il n’est. Deux tranches de vie. Deux héros de la banalité. Deux routiniers qui envoient tout balader. Deux quotidiens sans intérêt qui ont un sursaut d’envie.

Parfois, on est gêné.

Pour un peu, on se demanderait presque si elle n’a pas bien relu son brouillon. Oublié de couper des phrases inutiles. Des moments qui ne servent à rien.

Et là on comprend.

Que la vie c’est ça. Ces allers-retours sans aucun sens, ces ratés, ces mots en trop, ces scènes imparfaites qu’on ne verrait pas au cinéma. Les personnages hésitent, se plantent, recommencent. Et nous assistons sans ciller à leurs pensées qui se débattent. Nous ne les comprenons pas. Nous les comprenons trop.

Pour celui qui referme ce livre, il y a un petit espoir.

Que si un jour la vie devient insipide, il est possible de partir. Mettre son sac sur l’épaule, les mains dans le cambouis.

Arrêter d’attendre et de se dire que demain, ce sera différent.

Respirer fort.

Et claquer la porte.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1190538-j-ai-lu-la-vie-en-mieux-le-dernier-anna-gavalda-un-livre-genant-comme-la-vie.html

Deux histoires qui ne peuvent que faire écho au petit grain de folie qui sommeille en moi, et qui, on ne sait jamais ni-trop-bien-ni-trop-pourquoi-ni-trop-comment, prend des allures de tsunami asiatique un matin au réveil, avant même le petit déjeuner.
Juillet 2006. Diplôme tout frais en poche. Une jolie vie lyonnaise à l’horizon. Plus si à l’horizon que cela d’ailleurs. Un horizon qui s’appelle « demain », si vous voulez. Appart, Check. Contrat de collaboration, Check. Petite-vie-bien-organisée-place-bellecour-passerelle-saint-Georges-quai-fulchiron, Check. C’en est trop ! Check, Check, Check…. Un remake enjolivé de « métro-boulot-dodo » ? Et puis quoi, encore ? C’est vraiment ça, la vie ? L’impression amère d’avoir tout vécu tout vu du côté fun de la vie quand on a tout juste 25 ans ? L’impression d’avoir attaqué sa part de tarte à la fraise par le nez – les gourmands me comprendront… –, l’impression d’avoir mangé toute la chantilly, et que, finalement, ce qu’elle cachait est beaucoup moins exotique ? et que… Finalement, il va falloir se l’avaler, la part la moins sympa ? Le petit côté bien-tout-à-sa-place-dans-les-bonnes-cases-et-avec-la-bonne-étiquette-s’il-vous-plait, très peu pour moi, Merci ! Et puis, marre de devoir rentrer dans des cases trop petites pour moi, et, les étiquettes, on me racontera ce qu’on voudra, ça gratte ! Me noyer dans un verre d’eau ? Pas question ! Si je me noie, c’est que le verre est trop grand pour moi !
Plutôt… Voyons… Hummm…Démarrer… Internet Explorer… (Rho, c’est long !)… (Mais à la fois, ça change du raccourci Facebook !)… (Ou de celui de la société générale, moins glam´ je vous l’accorde)… http://www.air-austral.com … Départ… Dans 72:00… Hublot-parce-que-je-préfère… Billet Retour ? (Laisse-moi réfléchir un instant… ) Naaaaannnnn !… La balle est dans le camp de ma carte bancaire… 4572 4890 2314 9242… Exp. Sept. 2006… Cryptogramme… Valider… Ca, c’est fait ! Il ne me reste plus qu’ à : résilier mon abonnement téléphonique-mobile-internet + mon abonnement cinéma, sous-louer mon appart, faire suivre mon courrier, trouver la jeune diplômée qui respectera pour moi l’engagement pro que j’avais pris à Lyon (parce qu’une parole est une parole, hein !), trouver un/des contact(s) pro(s) sur place, prévenir les copines… Préparer le mini-bagage qui m’accompagnera pour les deux ans à venir en outre-mer… Publier tout ça sur Facebook… Et… Changer de vie…! These-antithèse-synthèse-contre-synthèse, c’est une journée de juillet qui commence bien ! Et la bonne nouvelle, c’est que je n’ai que 25 ans, et des tas de nez de tartes à la fraise en perspective !!! Abracadabra ! La rencontre électronique attendra ! Un aller sans retour et sans aucun sens, si ce n’est celui d’être vivante !

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