L’enfant tombée des rêves

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Emilie, une enfant solitaire et débordante d’imagination, découvre que ses parents lui mentent sur ses origines et décide de mener l’enquête. A 2 660 kilomètres au nord, quelque part en Islande, un vieux médecin retiré du monde tente d’oublier son passé. Ils ne se connaissent pas. Pourtant, chaque nuit, ils sont poursuivis par le même cauchemar : celui d’un homme tombant d’un balcon. Et si l’improbable rencontre d’Emilie et Robert brisait le terrible secret qui les unit ? Et si trouver la clef de ce rêve obsédant leur permettait de chasser enfin le fantôme qui les hante ?

Les mots… Je les classe. J’enregistre et je collectionne parce que pour moi les mots ne se résument pas à un simple alignement de lettres permettant de communiquer. Ils sont bien plus que cela. (..) Chacun d’entre eux a une odeur, une couleur, un caractère, une forme particulière. Le mot « périclite » a par exemple un parfum très acide, façon jus de citron, et la forme d’un tamarin (pas le fruit, le singe). « Procrastination » sent l’acra de morue et a une tête de Flanby. « Mécénat » dégage des effluves de café bien fort et se présente sous l’apparence d’un vieux monsieur très chic, vêtu d’une cravate en tricot indigo et de chaussettes en soie violette, comme les évêques. Bien sûr, j’ai mes favoris : « élégie », « acuité », « oriflamme », « delirium tremens » ou encore « calivoire » (celui-là, je l’ai inventé).

Les mots… Ma première histoire d’amour, peut-être.
Ils aiment se déguiser et ne m’en séduisent que davantage avec l’âge : des mots justes aux bons mots, les mots-outils, les mots-valises… les mots de passe, les mots d’ordre, les mots de la fin. Les petits mots, les gros, aussi. Les mots crus, les mots durs, les mots vrais. Ceux qui décrivent, ceux qui dérivent, ceux qui qualifient, ceux qui disent, ceux qui mentent, ceux qui taisent, ceux qui cachent.
J’en ai fait mon métier, d’ailleurs… des mots qui font les fous, des mots qui se bousculent, qui se refusent, qui jouent, qui surprennent, qui osent, qui virevoltent, qui font du toboggan, qui vivent.

Emilie a 12 ans. Du talent. Des intuitions. Et un ami imaginaire, Croquebal, ogre fantaisiste, coloré et sanguinolent, croqueur de mots, à l’occasion.
« Il arrive que les mots perdent la boule, sautent partout comme des animaux fous, dansent en farandole et partent en faribole, sèment la pagaille et récoltent la fête : c’est le balagan. ». Les plus vicieux, peut-être, ce sont ceux que l’on surprend. Ceux échangés à voix basse par un père et une mère. Ceux que l’on ne comprend pas. Ceux qui cachent l’essentiel.
Du silence au mensonge, il n’y a qu’un pas. Et des mensonges, il y en a qui sont plus lourds à avaler que d’autres. Et les silences, il y en a qui sont plus violents que d’autres.
Emilie, si nous nous étions rencontrées, quelque part entre 1991 et 1993, je crois que nous aurions été amies. J’aurais présenté Saphir, mon poney-ami-et-confident à Croquebal ? J’aurais présenté ma Bonne-Maman à ta Mamie. Peut-être auraient-elles été jouer au golf en mangeant des chocolats ? – Moi non plus, tu sais, ça n’était pas la franche rigolade avec les adolescentes-épilées-85B-drôles-et-évidemment-à-la-mode (bref, branchées, quoi !) du collège… Mes jupes culottes, ma natte de 5 cm de diamètre, mon année et demi d’avance, mes bonnes notes et moi, nous n’avions pas tellement la cote ! Et je ne te parle pas des cours de saut en longueur ! Je détestais, évidemment !… C’est justement vers douze ans – ton âge ! – que j’ai trouvé la parade idéale pour en être dé-fi-ni-ti-ve-ment affranchie ! (c’est une autre histoire, que je te raconterai, Emilie, Promis ! Ma botte secrète à moi !).

Là où tu as tellement raison, Emilie, c’est que pour savoir où l’on va, il faut déjà savoir d’où l’on vient. Ne le savoir qu’à moitié n’est aucunement satisfaisant – (« satisfaisant »…. Celui-là, il a un style « pomme d’amour », tu ne trouves pas ? Des odeurs de sucre, et presque les doigts qui collent ! Traitre, les pommes d’amour, traitre !).
Mais si tu l’avais su, Emilie, s’il n’y avait pas eu mensonge, non-dit, mystère, énigme, et incompréhension… Comment aurais-je pris tant de plaisir à vivre ton histoire, Emilie ? Rien de tel que des mots pour dire les maux.
L’importance des mots, la fantaisie, la poésie, la question des origines, celle de la destination, le pourquoi du rêve, le pourquoi du balagan… Le plein de bon sens sous la plume vive et acidulée de Marie CHARREL, et le bon sens en 2014, il faut le chérir.

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Ne le dis pas à Maman

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Tout a commencé sur cette aire d’Autoroute. Co-voiturage oblige. Trajet classique. Départ matinal. Un beau samedi de mai. Ensoleillé. La douce perspective d’aller entourer ma Bonne-maman chérie pour fêter sa nouvelle bougie. Une aire d’autoroute, donc. Le kiosque. Un titre évocateur ; une première de couverture bouleversante ; une quatrième explicite.

« Ne le dis pas à Maman, dit-il en me secouant légèrement. C’est notre secret, Antoinette, tu m’entends ? »
« Oui, Papa, murmurai-je. Je ne lui dirai rien. »
Pourtant, je le fis. J’avais confiance en l’amour de ma mère. Je l’aimais et elle m’aimait, je le savais. Elle lui dirait d’arrêter. Elle n’en fit rien.

Phase terminale d’un cancer. Une mère. Sa fille à son chevet. C’est alors Antoinette qui refait surface dans l’esprit de Toni. Antoinette dont l’enfance prometteuse cache un secret qui a failli la tuer.

Horrifiant. Fétide. Abject. Écœurant. Le cri d’une enfant trahie. Trahie dans ce qu’elle est. Trahie dans ce qu’elle ressent. Trahie. Par son père. Par sa mère. Solitude. Désespoir. Chute sans fin. Abandon.
Histoire d’une enfant dont on a pris la vie.
Haut le cœur. Nausée. Tristesse.

Style simple. Ni voyeurisme, ni détails sordides. Témoignage cauchemardesque, néanmoins.
Loin d’être une œuvre littéraire au sens propre du terme, Ne le dis pas à maman ressemble davantage à un cri de délivrance lancé au monde entier.

Murmurer à l’oreille des femmes

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Douze nouvelles.

Des gens. Des gens qui s’aiment, qui pourraient s’aimer ou qui ne s’aiment plus. Des vies apparemment bien réglées – trop? – Et… l’appel de l’inconnu. La tentation du vide. Le fantasme de la découverte. L’excitation d’un nouveau possible. L’addiction au changement. Amour en perdition, désamour, auto-intoxication amoureuse, auto-complaisance aussi. Insatisfaction, Bovarysme, incomplétude, frustration à l’honneur. Regard caustique… sarcastique, presque.

Avec en toile de fond cette question existentielle: «Où allez-vous?». Ah… Cette question-là ! Une vraie question !

La possibilité de changer de vie au gré du hasard et des rencontres – et, soyons vrais, nous savons vous et moi combien cela est facile en 2014. Enfantin. Elémentaire. Banal et sans surprises, paradoxalement. Comme si la vie avait une fonction « Reset ». Genre : on efface tout et on recommence!… Un peu à l’image d’une application que l’on désinstallerait d’une simple pression du doigt sur l’écran d’un smartphone. « Reset ». Illusion de toute puissance.
Les choix que nous n’avons pas faits, ceux que nous rêverions de faire, ceux que nous oserons faire… et ceux que nous ne ferons pas.
Des choix dîtes-vous ? Des choix.

Et, au fil des pages, l’auteur de murmurer : « le bonheur, c’est un choix. Le malheur, aussi … » – Serge Bressan, Le Quotidien 28/03/2014

Des choix, on en fait tous. On en a tous fait. Des bons, heureusement. Des mauvais, parfois. Des libres, toujours (nous avons eu cette chance-là). Des Judicieux, occasionnellement. Des Stratégiques, souvent. Des Amoureux? Vraiment?

Un thème un peu facile, peut-être. Un style, certes, pas désagréable… mais qui, je trouve, a un petit côté « presse féminine » dont j’aurais volontiers fait l’économie. Des tranches de vie interpelantes. Qui soulèvent des questions pour la trentenaire-débordée-et-pas-que-perchée-sur-ses-talons que je suis. De vraies questions. Une ouverture intéressante sur la question des illusions dont on choisit, en amour, de se bercer. Ou pas. Quant à la question de notre destination dans cette vie… la question du sens… c’est un chapitre que j’espère ne jamais refermer.

Des choix. Donc.

Pourquoi et comment les êtres se rencontrent et se ratent, se trouvent et se perdent, se désirent et se rejettent, s’aiment avant de se mépriser… Pourquoi ne parvenons-nous jamais à nous détacher entièrement de ce que nous avons vécu, et surtout de ce que nous nous sommes infligé à nous-mêmes ? Et puis ? La roulette génétique. Elle se met à tourner, une fois que vous avez franchi le demi-siècle. Vous finissez prisonnier d’une combinaison aléatoire dans une des petites cases de ce plateau tournant que les cellules de votre corps ont conçues. Et puis? Pourquoi sommes-nous si malheureux quand l’incertitude nous assaille ?