La petite casserole d’Anatole

31clqu7HQTL__SX385_

Un petit livre rempli de délicatesse, d’intelligence et de drôlerie pour parler du thème de la différence et de la singularité. Déjà chroniqué ici, et … Bref un album qui fait parler de lui !!!

Anatole, tel qu’il est, est exceptionnel et Unique, casserole ou pas ! N’est-ce pas merveilleux d’être soi-même ?!

Encore la preuve que certains albums jeunesse, par leur limpidité et le talent de leurs auteurs, savent en dire plus long que certains ouvrages savants pour adultes.

Sobre et puissant! Un délice!

Publicités

La Petite Mauvaise Humeur

414zbhYvYkL__SX385_

“Quand Pit rencontra Pat, il eurent tout de suite envie de faire un bout de chemin ensemble.
Il s’entendaient si bien… Qu’ils devinrent inséparables ! Leur embarcation était juste assez grande pour deux. La vie était joyeuse et douce. Rien ne pouvait leur arriver ! Mais, petit à petit, le voyage devint monotone. Pit et Pat s’entendaient moins bien. C’est ainsi que s’installa entre eux une petite mauvaise humeur… Qui se mit à grossir, grossir. La mauvaise humeur devint si grosse que tout à coup l’embarcation se brisa ! Comment faire pour se retrouver ? Chacun prit le problème par un bout et se mit à défaire chaque nœud, un par un, très délicatement.
Ce n’était pas facile. Il leur fallut du temps. Mais quand Pit et Pat se retrouvèrent, ils étaient si contents, que cela fit complètement disparaître la petite mauvaise humeur ! “

L’Amitié… c’est tellement précieux!… mais… un grain de sable, un mot qui agace, une incompréhension, et c’est aussi parfois des échanges qui s’effritent, des liens qui se distendent… des émotions que l’on ne partage plus pour un temps. Que l’on ne veut plus partager. Jusqu’au jour où.  Jusqu’au jour où l’on décide que ce soit autrement!…

Qu’on soit enfant, adolescent ou adulte, l’histoire de Pit et de Pat est un peu l’histoire de la vie!… et des choses de la vie. De ces choses qui nous rendent souvent heureux, parfois fragiles, toujours vivants!

Humour et tendresse, sous les illustrations naïves et minimalistes d’Isabelle Carrier! On adore!

Un vrai coup de cœur pour cette illustratrice!… qui ne pouvait que plaire à mon âme d’ortho!

Isabelle Carrier est née en Isère en 1964. Elle est diplômée de l’Ecole des arts-décoratifs de Strasbourg.
Elle vit aujourd’hui en région grenobloise avec son compagnon, Jérôme Ruillier, également auteur-illustrateur, et leurs deux filles. Maman d’une enfant « pas comme les autres » dont La petite casserole d’Anatole (prix Sorcières 2010 du meilleur album) retrace une partie de ce parcours, elle a publié plusieurs albums, tous des succès, chez Albin-Michel, Casterman, Bilboquet et Alice.

 

Où on va, Papa?

41yJi+Tht7L__

« Que ceux qui n’ont jamais eu peur d’avoir un enfant anormal  lèvent la main.
Personne n’a levé la main.
Tout le monde y pense, comme on pense à un tremblement de terre, comme on pense a la fin du monde, quelque chose qui n’arrive qu’une fois.
J’ai eu deux fins du monde. »

Quatrième de couverture

« Cher Mathieu, cher Thomas, Quand vous étiez petits, j ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois. Je ne l ai jamais fait. Ce n était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu’à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures…  »
Jusqu’ à ce jour, je n ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J avais honte ? Peur qu on me plaigne ? Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c était pour échapper à la question terrible : « Qu’est-ce qu ils font ? » Aujourd’hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j ai décidé de leur écrire un livre. Pour qu on ne les oublie pas, qu il ne reste pas d eux seulement une photo sur une carte d invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d ange, et je ne suis pas un ange. Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d eux avec le sourire. Ils m ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement. Grâce à eux, j ai eu des avantages sur les parents d enfants normaux. Je n ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait : rien. Et surtout, pendant de nombreuses années, j ai bénéficié d une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.
Pour la première fois dans son œuvre, Jean-Louis Fournier parle de ses garçons, pour ses garçons. Parce que le temps presse et qu il faut dire autrement. Dire autrement la question du handicap, sans l air contrit ou la condescendance. Comme il l a fait en 1999 en évoquant son père, Jean-Louis Fournier conserve, pour ce nouveau roman, l équilibre maîtrisé entre le drôle et la désespérance.

…à nos préjugés tant sur le handicap que sur la paternité.

Responsable…  mais pas coupable!

Sans pathétisme ni effusions, sans apitoiement ni mise à distance intempestive… c’est un père meurtri, qui écrit à ses enfants… La démarche pourrait être banale. Sauf que ses enfants sont handicapés. Pas « normaux », comme disent les autres.

Qu’est ce que ça veut dire, normal? Comme il faut être, comme on devrait être, c’est à dire dans la moyenne, moyen. Je n’aime pas trop ce qui est dans la moyenne, je préfère ceux qui ne sont pas dans la moyenne, ceux au-dessus, et pourquoi pas ceux au-dessous, en tout cas pas comme tout le monde. Je préfère l’expression  « pas comme les autres ». Parce que je n’aime pas toujours les autres.

On imagine les effets telluriques d’une telle a-normalité, et on devine qu’ils n’auront pas épargné les parents ! C’est l’histoire du handicap. Sans lot de consolation. Sans compensation. De l’injustice pure. Un style unique, débordant d’amour, débordant de faiblesse, débordant de force, débordant de petitesse, débordant de grandeur… aigu, économe, percutant!

Le handicap sous le regard acéré de l’humour… La dérision vient dire à quel point ce père est à vif, le cynisme est l’outil de sa pudeur manifeste…un livre touchant, poignant. Un père qui se moque… d’eux, de lui, de nous, de leur place dans la société, et parce qu’il est leur père, ça grince. Une dérision désespérée mais sans épanchement ! Une invitation à rire de tout, car la vie est souvent dure, injuste parfois, belle toujours. Des esquisses de quotidien, décalées et inattendues… qui deviennent presque poésie.

« Si vous aviez  été comme les autres , j’aurais peut être  eu moins peur de l’avenir.
Mais si vous aviez été comme les autres, vous auriez été comme tout le monde.
Peut être que vous n’auriez rien foutu en classe.
Vous seriez devenus délinquants.
Vous auriez bricolé le pot  d’échappement de votre scooter pour faire plus de bruit.
Vous auriez été chômeurs.
Vous auriez aimé Jean-Michel Jarre.
Vous vous seriez marié avec une conne.
Vous auriez divorcé.
Et peut être que vous auriez eu des enfants handicapés.
On l’a échappé belle. »

L’humour est le plus court chemin d’un homme à un autre. Georges Wolinski

C’est le chemin que choisit Jean-Louis Fournier pour dire ses fils… pour se dire à eux… et pour avoir le chemin le plus court à parcourir pour les rejoindre dans leur différence. Quelle force que d’oser l’humour!… Peut-être que c’est là la recette pour arrêter là « la comédie des enfants handicapés »! Parce que ce jeu-là, il n’est pas drôle! Vraiment pas! Ce n’est pas un jeu.

L’humour est presque toujours la colère maquillée. Stephen King

Cette colère-là, c’est – à bas bruit -la légitime colère d’un père brisé par des enfants corsetés, qu’il ne peut aimer que sertis de leurs armures brillantes de héros de bandes dessinées…  Cette colère, c’est l’ex-enfant, la femme, la future-mère, l’ortho qui en ressentent chaque parcelle. Durement. Intimement. De colère, c’en devient presque une révolte!… De la révolte nait simplement de l’humilité. Enfin, je crois. L’ortho, pourtant habitée à composer avec l’a-normalité est là désarçonnée… et rejoint la femme qui compose – peut-être un peu trop – avec la normalité… juste là. Jusque-là. Là où il ne saurait être question de faire… mais où il devient indispensable d’être… et de continuer à être, malgré les bleus que deux « fins du monde » dessinent dans la vie de ce père-là.

Monsieur Fournier est incontestablement un grand Monsieur ! Quelle leçon de vie et surtout de regard ! Cette petite merveille d’amour et de cynisme replace bien ce qui n’est pas « si grave » en perspective. Un effet mise-en-orbite des problèmes qui n’en sont pas, et qui absorbent -trop souvent et souvent malgré nous – notre bonne humeur . Un contre-effet-Amélie-Poulain en quelque sorte. On en ressort différent… et presque un peu a-normal.

Merci Monsieur Fournier de nous rappeler que la normalité n’est finalement leurre. Que nous pensons norme pour mesurer ce qui nous environne, simplement parce que cela nous rassure. Bassement. Merci Monsieur Fournier de nous rappeler que le rire permet de sublimer l’a-normalité. Merci monsieur Fournier de dire si fort et si juste ce que l’on cache ou ce que l’on tait. Merci Monsieur Fournier pour votre sublime témoignage, dont on ne sait finalement s’il est pure autobiographie, ou s’il transcende déjà une réalité si dure, tant il est des choses que l’on ne peut qu’essayer de dire! Une pensée pour la mère de Mathieu, Thomas et Marie… Une mère dont le livre ne parle pas. Une mère dont je ressens les blessures, mais dont la force irradie. Pas besoin de mots pour cela.
Enfin un roman qui mérite son prix littéraire!
Où on va, Papa?…
Après avoir refermé cette histoire… me vient l’idée que cette question-là est – finalement – une question que nous nous posons tous!

Le quatrième automne

Le quatrième automne

C’est un terrible accident qui broie l’enfance de Julien. Hôpital, rééducation, la réparation du corps est en bonne voie, mais sa voix se brise sur les mots. La parole devient tourment. Il a quatre ans à sa sortie, les feuilles tombent.

Son quatrième Automne.

Dehors le regard d’autrui a changé. Incompris, isolé, seul dans sa bouche, il souffre des maux qui le rongent.
Fustigé par la réalité, prisonnier de ses rêves, il voudrait exister.
La vie, plus puissante que le désespoir, donnera sa chance à Julien. Fort de sa volonté d’être, il fera des rencontres, petits bouts de chemin partagés, qui le grandiront. Mais c’est une femme qui lui offrira l’envie de réussir l’ultime épreuve.

Témoignage d’une souffrance, ce roman donne la mesure de l’exclusion dont le seul critère est la différence. Julien se raconte avec émotion et nous donne une leçon d’humour sur la vie.

Mes journées sont calmes, elles se ressemblent toutes. Je ris, participe à la vie de famille, donne du sourire à mes proches et fais des projets pour mes études. Le soir venu, je m’abandonne à mes songes. Si seul. La nuit, je ne dors pas, je construis des jours heureux, ceux que je ne vivrai jamais. J’imagine des dialogues infinis où je suis libre de parler. Dans mes rêves, je suis un hautparleur. Je ne ressens pas la moindre émotion à l’idée de me donner la mort. Jamais je ne me suis senti si proche de la délivrance. Je renonce à ce monde qui ne veut pas de moi et aux autres dont je ne veux plus. Renoncer au silence sera sans importance.

Telle est mon existence, si frêle, qu’elle vacille dans le vent.

Putain de Silence

41sVjmb0ijL__

Mai 2006. Je suis en mode rétro planning.
Il faudra que je reprenne le cours de neuropsychologie de l’adulte. Il y a cet encart : LIS. Locked-in Syndrom. C’est coton ce truc-là. Comme si on pouvait n’exister qu’à l’intérieur de soi !… Vous y croyez-vous, qu’en se levant un matin alors que tout va bien, que la pluie a cessé, que la tartine est tombée du côté non beurré, et que l’affreux mal à la tête de la veille n’est plus qu’un souvenir lointain, votre sort dépende d’un battement de cils ? De cils ! Soyons sérieux ! Je comprends l’idée… mais, c’est plus fort que moi. Je ne veux pas l’accepter.
Pour faire classe, on appelle ça le « Locked-in Syndrom ». Un générique en anglais. Comme si ça passait mieux en anglais, tiens !
Moi, je vois blanc ou je vois noir… je vois ou je ne vois pas. Je fais ou je ne fais pas. J’aime ou je n’aime pas – « je like » ou pas. Je parle ou je ne parle pas. Il y a des choses que l’on dit – avec des mots, s’entend – , et des choses que l’on ne dit pas. Le moitié-moitié n’a pas de place dans mon monde.
J’ai pourtant fluoté : « état neurologique rare », « totalement conscient — il voit tout, il entend tout — mais ne peut ni bouger ni parler, en raison d’une paralysie complète excepté le mouvement des paupières et parfois des yeux », « facultés cognitives intactes», « consécutif à un accident vasculaire cérébral (abrégé en AVC) »
Ce patient-là, il vit, donc. Pas de moitié-moitié. À jamais statufié, muet exilé à l’intérieur de lui-même.
PUTAIN DE SILENCE !  – On dirait comment en anglais? « what the fuck » quelque chose, sans doute?

Raph’ m’a prêté ce livre, qui l’a touchée, dit-elle.
Exit le rétro-planning. Exit le stabilo. Je découvre le LIS de l’intérieur. Sans couleurs. C’est tout de suite plus cru, plus dur. Plus violent. Plus émouvant.
Philippe Vigand en a été victime. Il avait 32 ans, sa femme Stéphane 28. Ils avaient deux enfants. Ce jour-là, c’est leur vie qui s’écroule.
C’est leur combat face à cette épreuve qu’ils nous relatent, en deux témoignages qui se complètent, se cherchent, se répondent. La conviction de Stéphane que son mari n’est pas devenu un « légume » ; le code qu’elle imagine afin qu’il désigne des lettres par un mouvement des paupières ; l’ordinateur grâce auquel il pourra enfin les aligner lui-même sur un écran…
Quel témoignage humain. Irremplaçable. Celui d’un homme qui se bat pour rester un père, un mari, un ami ; celui d’une femme qui n’a jamais douté ni renoncé. L’incroyable parcours d’un couple qui, à force d’obstination et d’amour, est parvenu à fissurer le mur entre le « dedans » et le « dehors », à retrouver le goût de vivre et de sourire.

Quelle claque! On ne s’imagine pas tout ce qu’il faut franchir, subir pour avoir le droit de vivre! On est si vite classé, oublié, écarté!

Quelle leçon de vie !

Le petit Bonzi

Le petit Bonzi

Jacques est en CM2.De sa maison à l’école, il prend toujours le même chemin, à l’endroit ou à l’envers. Caresse ici une pierre, là le dos d’un banc comme pour se rassurer. Jacques a du mal avec les mots qui roulent dans sa bouche et ne passent pas le bord des lèvres. Jacques est bègue, Jacques est seul comme pris de sidération. Seul avec le petit Bonzi , son ombre jumelle qui l’accompagne pas à pas, lui soufflant à l’oreille les vrais mots à dire, les décisions à prendre. Que deviendra le petit Bonzi quand Manu, le merveilleux maître d’école aura dénoué les peurs de Jacques?Jacques est un petit prince à qui on dessinerait un mouton! N’oubliez pas le petit Bonzi qui murmure en chacun de nous!
Un livre merveilleux de fraîcheur, de délicatesse, de sensibilité. Une écriture belle et rare…

Lyon. Nous sommes un 22 octobre, à une JMB (journée mondiale du Bégaiement), en 2005. Je suis étudiante. Ma dernière année. Nous voilà à quelques mois de la grande soutenance qui me terrifie à l’avance. A seulement quelques mois du grand saut. Pression, pression! Un grand saut m’avait déjà été imposé un petit mois auparavant. Un grand saut dont on se passerait. On ne m’imposerait pas le prochain. J’étais « née » quelques semaines plus tôt. Un accouchement rapide et violent. Douloureux. Dont je n’étais pas encore remise. Ce 22 octobre là a été très spécial. Me voilà, après des heures à bûcher sur la neuropsychologie de l’enfant, la conduite du bilan de l’adulte aphasique – avec ce foutu modèle à tiroirs de Hillis et Camarazza – dans cette salle. Anodine. Banale. Presque froide. A mes côtés, Raph’, Alice, Mathilde. –  Quelle tendresse ces trois prénoms-là m’évoquent! Mes trois amies les plus chères. Atos, Portos et Aramis n’ont rien à leur envier! – Nous nous glissons au deuxième ou troisième rang. Je ne sais plus bien.

Puis, c’est l’entrée de Sylvie Brignone, déléguée régionale de l’APB (Association Parole Bégaiement www.begaiement.org), à l’époque. Juliette de Chassey, qui m’apprendrait tant par la suite.

Leur invité: Sorj Chalandon.

Journaliste à Libération depuis 1974. Le petit Bonzi est son premier Roman. C’est l’histoire de Jacques Rougeron, un enfant des années 1960, qu’aurait pu être Sorj Chalandon. C’est presque la voix de l’enfant, qui nous raconte. Une voix qui m’émeut. Une voix qui me touche. La voix d’un enfant de douze ans comme les autres, enfin semble-t’il.  Une voix qui bégaie. Une voix exposée à la moquerie. une voix que l’on ne comprend pas. Une voix qui pleure. J’écoute. Je pleure. Ce n’est pas seulement la souffrance d’un enfant bègue des années 1960 qui nous est racontée, mais aussi le quotidien d’un enfant tout court de cette époque. Rêve. Réalité. Jeudis de liberté. Maître au visage sévère mais à l’âme douce et généreuse. Camarades de classe. Mensonges. Ragots. Méchanceté. Le dépouillement au profit de la pureté des mots. Un ton qui reste enfantin mais des mots qui sonnent vrais, justes, purs. Le Petit Bonzi c’est les difficultés de l’enfance. C’est la souffrance d’un handicap. C’est l’émotion. C’est l’amour des mots de son auteur.

Je ne m’attendais pas à cela, ce 22 octobre 2005. Il pleuvait. Je suis rentrée quai Fulchiron. Et, négligeant mon estomac qui criait pourtant famine, me suis plongée dans la lecture de cette enfance-là. Avec émotion et pudeur. A fleur de peau. Je ne m’attendais pas à cela.

Cela, c’est aujourd’hui mon quotidien!

Vous en avez rencontré, vous en connaissez… des enfants qui, forts de leur premiers mois s’éveillent à la vie… un matin ils s’assoient, le lendemain marchent à quatre pattes, le surlendemain, tombent, se relèvent, réessayent, font un pas, puis deux… Déjà d’un hasardeux B.A-BA, ils façonnent des syllabes, qui deviendront des mots… des mots qui deviendront farandole dans des phrases rythmées, avec l’innocence, la douceur et l’harmonie de l’enfance. Quelle joie que d’assister aux premiers pas d’un tout petit… premiers pas dans sa vie, premiers pas vers la conquête de son langage… tellement fier de chacune de ses victoires, sous le regard attendri de ses parents…  J’ai rencontré ces enfants-là. Cette joie-là. Cette insouciance-là. Que d’images me viennent pour mettre tout cela en mots.

J’ai rencontré aussi d’autres enfants. D’autres enfants pour lesquels les plus petites victoires sont moins faciles, plus coûteuses. D’autres enfants qu’un simple regard ne suffit pas à porter vers les mêmes conquêtes. Je suis orthophoniste. Orthophoniste qui devient plus orthophoniste encore à chacune de ces rencontres. Au détour d’une de ces rencontres-là, d’ailleurs, j’en ai fait une autre. Celle du bégaiement. Celle de ce trouble dont il est si difficile de parler… qui laisse souvent sans mots. Parfois sans images. Et cette rencontre-là, je la dois, en tout premier lieu, au Petit Bonzi.

Prix du premier roman de l’université d’Artois. Prix de l’École normale supérieure de Cachan. Prix du premier roman du Touquet.