La vie en mieux

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Et Facebook, c’est pas du fantasme ? Et Meetic ? Et Adopte ? Et Attractive ? Et tous ces sites de rencontre à la con ? Tous ces chaudrons misérables, où l’on vous fait bien touiller votre solitude entre deux visuels de pub , tous ces « j’aime » cliqués droit, tous ces réseaux d’amis imaginaires, de communautés surveillées, de fraternités démunies, grégaires et payantes reliées à des serveurs richissimes, c’est quoi ? Et cette fébrilité, là… Cet état de manque permanent, ce trou au côté , ces téléphones que vous rongez sans cesse, ces écrans qu’il vous faut toujours déverrouiller, ces vies que vous achetez pour pouvoir continuer à jouer, cette blessure, cette bonde, ces serrements dans votre poche ? Cette façon que vous avez, tous, toujours, de tout le temps vérifier si on ne vous a pas laissé un mot, un message, un signe, une relance, une notification, une pub, un… Un n’importe quoi. Et ce « on » qui peut être n’importe qui ou n’importe quoi aussi du moment que ça s’adreesse à vous, que ça vous rassure, que ça vous rappelle que vous êtes vivant, que vous existez, que vous comptez et qu’à défaut de vous connaître autrement, on peut peut-être essayer de vous refourguer une dernière petite saloperie au passage. Tous ces abîmes, tous ces vertiges, toutes ces lignes de codes que vous caressez dans le métro et qui vous jettent comme une vieille merde sitôt que « ça » ne capte plus. Toutes ces distractions qui vous distraient de vous-mêmes, qui vous ont fait perdre l’habitude de penser à vous, de rêver à vous, de papoter avec la base, d’apprendre à vous connaître ou à vous reconnaître, de regarder les autres, de sourire aux inconnus, de mater, de flirter, d’emballer, de baiser, même ! Mais qui vous donnent l’illusion d’en être et d’embrasser le monde entier… […] Tous ces sentiments codés, toutes ces amitiés qui ne tiennent qu’à un fil, qu’il faut recharger tous les soirs et dont il ne resterait rien si les plombs sautaient, c’est pas du fantasme, ça peut-être ?

Sensibilité. Finesse. Un don inouï de la formule et de l’image. Une manière unique de parler du monde d’aujourd’hui avec une foule de détails si percutants. Anna Gavalda compose une ode autour de deux protagonistes un peu perdus.

Deux histoires.
Deux histoires de jeunes gens de notre temps, repus, mais affamés, polis, mais enragés, qui préfèrent encore prendre le risque de se tromper de vie plutôt que de n’en vivre aucune.
Deux histoires, donc.
Anna Gavalda, c’est cette écriture particulière où l’on entend les personnages penser. On les écoute bien plus qu’on ne les lit. On les (res)sent bien plus qu’on ne les écoute. Une signature très Gavalda. Unique. Auteure qui fait exister ses personnages. En dehors des lieux communs et des descriptions sans fin, c’est dans leur authenticité qu’ils trouvent toute leur épaisseur. Ils ont oublié la politesse, car « on peut rater sa vie par politesse ». Jeunes gens qui ont la peau plus dure que les mots.

Une intrigue étonnante.
On essaie de trouver une raison à tout ça, un lien entre les deux personnages principaux, écorchés vifs, oubliés de tous, qui un jour décident que leur vie, ça suffit.
Il n’y en a pas, de lien.
Il ne faut rien chercher de plus dans ce roman que ce qu’il n’est. Deux tranches de vie. Deux héros de la banalité. Deux routiniers qui envoient tout balader. Deux quotidiens sans intérêt qui ont un sursaut d’envie.

Parfois, on est gêné.

Pour un peu, on se demanderait presque si elle n’a pas bien relu son brouillon. Oublié de couper des phrases inutiles. Des moments qui ne servent à rien.

Et là on comprend.

Que la vie c’est ça. Ces allers-retours sans aucun sens, ces ratés, ces mots en trop, ces scènes imparfaites qu’on ne verrait pas au cinéma. Les personnages hésitent, se plantent, recommencent. Et nous assistons sans ciller à leurs pensées qui se débattent. Nous ne les comprenons pas. Nous les comprenons trop.

Pour celui qui referme ce livre, il y a un petit espoir.

Que si un jour la vie devient insipide, il est possible de partir. Mettre son sac sur l’épaule, les mains dans le cambouis.

Arrêter d’attendre et de se dire que demain, ce sera différent.

Respirer fort.

Et claquer la porte.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1190538-j-ai-lu-la-vie-en-mieux-le-dernier-anna-gavalda-un-livre-genant-comme-la-vie.html

Deux histoires qui ne peuvent que faire écho au petit grain de folie qui sommeille en moi, et qui, on ne sait jamais ni-trop-bien-ni-trop-pourquoi-ni-trop-comment, prend des allures de tsunami asiatique un matin au réveil, avant même le petit déjeuner.
Juillet 2006. Diplôme tout frais en poche. Une jolie vie lyonnaise à l’horizon. Plus si à l’horizon que cela d’ailleurs. Un horizon qui s’appelle « demain », si vous voulez. Appart, Check. Contrat de collaboration, Check. Petite-vie-bien-organisée-place-bellecour-passerelle-saint-Georges-quai-fulchiron, Check. C’en est trop ! Check, Check, Check…. Un remake enjolivé de « métro-boulot-dodo » ? Et puis quoi, encore ? C’est vraiment ça, la vie ? L’impression amère d’avoir tout vécu tout vu du côté fun de la vie quand on a tout juste 25 ans ? L’impression d’avoir attaqué sa part de tarte à la fraise par le nez – les gourmands me comprendront… –, l’impression d’avoir mangé toute la chantilly, et que, finalement, ce qu’elle cachait est beaucoup moins exotique ? et que… Finalement, il va falloir se l’avaler, la part la moins sympa ? Le petit côté bien-tout-à-sa-place-dans-les-bonnes-cases-et-avec-la-bonne-étiquette-s’il-vous-plait, très peu pour moi, Merci ! Et puis, marre de devoir rentrer dans des cases trop petites pour moi, et, les étiquettes, on me racontera ce qu’on voudra, ça gratte ! Me noyer dans un verre d’eau ? Pas question ! Si je me noie, c’est que le verre est trop grand pour moi !
Plutôt… Voyons… Hummm…Démarrer… Internet Explorer… (Rho, c’est long !)… (Mais à la fois, ça change du raccourci Facebook !)… (Ou de celui de la société générale, moins glam´ je vous l’accorde)… http://www.air-austral.com … Départ… Dans 72:00… Hublot-parce-que-je-préfère… Billet Retour ? (Laisse-moi réfléchir un instant… ) Naaaaannnnn !… La balle est dans le camp de ma carte bancaire… 4572 4890 2314 9242… Exp. Sept. 2006… Cryptogramme… Valider… Ca, c’est fait ! Il ne me reste plus qu’ à : résilier mon abonnement téléphonique-mobile-internet + mon abonnement cinéma, sous-louer mon appart, faire suivre mon courrier, trouver la jeune diplômée qui respectera pour moi l’engagement pro que j’avais pris à Lyon (parce qu’une parole est une parole, hein !), trouver un/des contact(s) pro(s) sur place, prévenir les copines… Préparer le mini-bagage qui m’accompagnera pour les deux ans à venir en outre-mer… Publier tout ça sur Facebook… Et… Changer de vie…! These-antithèse-synthèse-contre-synthèse, c’est une journée de juillet qui commence bien ! Et la bonne nouvelle, c’est que je n’ai que 25 ans, et des tas de nez de tartes à la fraise en perspective !!! Abracadabra ! La rencontre électronique attendra ! Un aller sans retour et sans aucun sens, si ce n’est celui d’être vivante !

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Un parfum d’herbe coupée

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Présentation de l’éditeur

Kolia, à l’approche de la quarantaine, se souvient de son enfance et de ces instants où l’innocence s’envole peu à peu.

« Le jour où mon père a débarqué avec son sourire conquérant et la Renault GTS, j’ai fait la gueule. Mais j’ai ravalé ma grimace comme on cache à ses parents l’odeur de sa première clope. J’ai dit « ouais », j’ai dit « super », la mort dans l’âme, même si j’avais compris que la GTS pour la GTX, c’était déjà le cinquième grand renoncement, après la petite souris, les cloches de Pâques, le Père Noël, Mathilde, la plus jolie fille de la maternelle, et ma carrière de footballeur professionnel. »

Dans ce court récit plein d’humour et de nostalgie, Nicolas Delesalle sonde les illusions perdues, les joies, les peines de l’enfance.

« « Kolia, je prendrais bien encore un peu de profiteroles » : voilà une phrase ultime qui ne m’aurait pas déplu. Simple, sans force symbolique, douce comme la plante des pieds d’un nouveau-né. Et si vraiment tu voulais me transmettre un message fort, si tu voulais absolument partir sur un uppercut dans les prémolaires, tu aurais pu choisir d’autres mots, pas ce triplet funèbre ; tout passe, tout casse, tout lasse. Il existe des milliers de conseils à donner à un jeune homme qui débute dans la profession d’exister. Des niaiseries et des fadaises qui sont agréables à entendre. […]
Papito, du haut de tes ruines, tu m’as dit la vérité toute nue alors que je l’aurais préférée accrochée à un ballon d’hélium et vêtue d’un truc sexy.
Tout passe, tout casse, tout lasse. Ça m’a longtemps agacé. J’ai eu du mal à l’accepter. J’ai longtemps eu le sentiment de vivre à blanc, pour rien du tout. […]
Tout passe, tout casse, tout lasse. A la réflexion, ce n’est pas une catastrophe. Heureusement qu’on a droit à l’oubli. Heureusement qu’on meurt, c’est comme ça qu’on sait qu’on existe.»

Attraper un instant avec un filet à papillon. Le glisser dans une bouteille en verre. Le regarder voler et se heurter aux parois. L’extraire du récipient avec une pince à épiler. Le punaiser sur une petite plaque en liège. Observer à la loupe les nervures de ses ailes, la tessiture de sa peau, compter ses poils, radiographier son squelette, renifler son parfum. Ouvrir son ventre à l’aide d’un bistouri électrique, dénombrer les organes, dérouler les nerfs, les muscles, soupeser le foie, palper les poumons, repérer le cœur. Percer les ventricules avec une épingle. Planter une plume dans les trous. Pomper. Et puis essayer d’écrire.

Né en 1972, Nicolas Delesalle est par ailleurs grand reporter à Télérama.
Il signe ici un délicieux roman poétique. Vraie sucrerie – qui n’a d’ailleurs d’égales que les fraises tagada – qui a élu domicile dans mon kindle. Je ne sais plus trop bien ni quand, ni pourquoi. Un prix du livre numérique (2013). La réminiscence est soignée, l’écriture imagée et évocatrice, le style doux, enfantin, presque.
Vibrant d’émotions, dans la joie, dans la peine, ce livre est empreint de belles choses. De choses simples. De choses fortes. De ces toutes premières fois. Du souvenir plein de sens – et de sensualité – qu’elles nous ont laissé.
Nous voilà captivés, comme avec entre les mains un album de Polaroïds improbables, défraîchis, jaunis, surannés,… Fugaces vestiges d’instants sépia, qui ont traversé une vie autant qu’ils l’ont nourrie et égayée,… Et qui nous ont fait vivre de si belles choses. Ces instantanés-là, sous la plume alerte de Nicolas Delesalle, sentent le vécu. Mon vécu, presque. Comme des relents de cuir vieilli lorsque l’on réouvre cette malle poussiéreuse, oubliée au grenier depuis tant d’années – mais, si, vous savez, cette malle de déguisements dont vous raffoliez à 5 ans… – une odeur de naphtaline, presque. L’odeur de la vanille dont Bonne maman parfumait ses charlottes, aussi – ma petite madeleine à moi, je vous le concède -… Les effluves iodées de l’océan – qui nous rappellent aussitôt notre première pêche à la crevette vendéenne (« Papa, c’est trop froid ! Papa, ça pique les pieds ! »). L’odeur des cerises à l’eau de vie de Mamie… Cerises dont nous avions, bien entendu, la plus formelle des interdictions de nous approcher (interdiction que –entre vous et moi – nous n’avons presque pas transgressée)…
Comme un parfum d’herbe coupée. Aussi. Le parfum doux et sensuel de ce jardin de la Marne, en cette fin juillet à la météo capricieuse. Jardin aux accents chimériques, volatiles, éphémères. Joyeux, impulsifs, instantanés, vrais, aussi. Vivants. Dignes de Polaroïds, presque. Vous savez, ce genre de pelouse que vous n’auriez jamais dû fouler… Mais, un petit coup de destin, un soupçon d’audace, des envies d’imprévu… Et vous y voilà ! C’est l’odeur des fougères que l’on devine derrière celle, moins disciplinée d’un poirier déjà lesté des centaines de fruits dont il nous régalera à l’automne. L’odeur, plus lointaine d’une maison qui a eu une vie avant celle-ci. Une vie de cire d’abeille, d’huile de lin, et de térébenthine. De sapo, aussi. Et puis… Celle, imperceptible, vaporeuse, hagarde, de cette fin de moisson. Festival olfactif. Évocateur. Entremetteur.

L’herbe coupée, donc. Inspirante, enivrante, exaltante,… Grisante, aussi. Une fenêtre ouverte sur de jolis possibles, l’herbe coupée. Un aller simple vers l’enfance. Mon enfance. Berrichonne. Insouciante. Légère. Rêveuse. Solitaire, aussi.

L’herbe coupée, donc. Mise en bouche alléchante. Prometteuse. Engageante. Appétissante. Séduisante, déjà. La plume de Nicolas Delesalle est belle, sensible, drôle. Le temps, la vieillesse, la mort. Des émotions intactes. Pures, authentiques, cristallines, vierges …
L’herbe coupée… Des promesses, de l’enthousiasme, de l’insolite, du poétique, des renoncements,… Des déceptions, parfois…
Un texte d’une grande sensibilité, une belle nostalgie à partager !

La garçonnière

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Les souvenirs sont libres. Il se jouent de nous. Ils s’amenuisent, ils se dilatent, ils se rétractent, ils nous évitent ou ils nous foudroient. Une fois engendrés par la vie, ils en deviennent les maîtres. Ce sont les petits soldats du temps avec lesquels il nous rend fous. Sans souvenirs, nous serions des hommes libres. La mémoire est une mauvaise fée du temps. Les souvenirs en sont les forces obscures. Aucun souvenir n’apporte la joie réelle, la sérénité. Regrets, remords, les souvenirs sont des tas de petites cloches discordantes qui vibrent en nous. Et plus la vie passe, et plus la petite musique des souvenirs dissone. On croit être soi, mais on n’est rien d’autre que ses souvenirs.

 

Argentine. Buenos Aires. 1987. Epoque post-dictatoriale. Une société fébrile, mal remise de ses tourments, un climat délétère, empreint de la pesanteur et des affres de l’après. De l’après junte militaire. De l’après souffrance. Une toile de fond sur laquelle vient se nouer un métissage entre thriller, drame historique et mélo intimiste.

Un psychanalyste. Sa charmante épouse. Un meurtre. L’intimité des séances pour seule piste. Jalousie. Imposture des âmes à l’honneur. Histoire haletante d’un crime passionnel. Une histoire vraie sous la plume d’Hélène Grémillon. Un délice. Hélène Grémillon, que vous avez peut-être déjà rencontrée dans Le Confident, écrit comme on marche, déterminée, sans trop se regarder écrire, … volonté évidente de maintenir un rythme qui va crescendo pour éclater en pointe dans le dénouement qui vous laisse là. Essoufflée.

Le passé, le présent… Ce que le passé peut faire du présent… Ça paraît basique, ça ne l’est pas.

Comment aime-t’on ? Pourquoi aime-t’on ? Avec qui vit-on ? Le désamour est-il une fatalité ?

Véritable page turner comme on les aime, sous le thème du paysage humain. Parfois beau. Parfois laid.

 

Un tout petit rien

Ma lecture du week-end...

Camille a 25 ans, la vie devant elle, et une aventure aussi insouciante qu’ incertaine…

Le plus gros engagement qu on ait pris ensemble, c’était de se dire qu on s appellerait en fin de semaine. C était quand même un mardi. […] On s’aime surtout à l’horizontal, et dans le noir, c’est le seul moment où on n’a plus peur de se faire peur, où on ose mélanger nos souffles sans redouter que l’autre se dise que ça va peut-être un peu vite. C’est beaucoup plus que sexuel, c’est beaucoup moins qu’amoureux. C’est nos culs entre deux chaises.

Un tout petit rien. Une pilule du lendemain. Deux barres roses. Un homme qui claque la porte. Un choix à faire. Un choix bien plus compliqué que « VO ou VF? », « avec ou sans sucre? », « dentelle ou satin? ». Un vrai choix.

« Il m’a fait une gastro », se plaît à affirmer la jeune maman. […] Il n’a pas souffert d’une gastro, il l’a faite à sa mère, l’ingrat. L’a désignée comme destinataire, l’a érigée bien malgré lui en actrice principale de sa maladie, lui qui ne récolte que le rôle de figurant de sa propre douleur.

Petite, j’ai fait pas mal d’angines à ma mère. Aujourd’hui, il semblerait que je lui ai fait une grossesse.

Camille Anseaume signe, avec une justesse remarquable, un très joli roman sur le passage à la fois douloureux et réjouissant d’une existence à une autre. Un récit plein de poésie, tendre et drôle. L’histoire, finalement de la venue au monde d’une mère, plus que de celle d’un enfant.

 

Extrait

Les mères adorent raconter en détail le moment où elles ont découvert qu’elles allaient l’être.
En général, ça se passe aux toilettes. La femme tente de viser le bâtonnet. L’homme attend à la porte, impatient et anxieux. De peur d’être déçue du résultat, elle lui tend l’objet sacré et humide, dont il s’empare à pleine main. On en déduit déjà qu’il est très amoureux.
Les quelques secondes qui suivent sont les plus longues de leurs deux vies réunies. Puis, d’une voix tremblante, il annonce le verdict.Pour moi, ça s’est passé presque pareil.
Et quand il a mis fin au silence, c’était pour dire :
«On le garde pas.»Les deux barres sont là. On dirait qu’elles forcent leur couleur pour bien montrer qu’on ne rêve pas. Elles ressemblent à des guillemets, hésitent entre nous sourire ou nous narguer, droites comme des «ii», raides comme nos nuques. On les regarde en silence, ventres noués, en attendant un miracle, que l’une d’elles s’en aille ou se torde, que la couleur change, pour fausser le résultat. Mais la couleur s’intensifie et finalement c’est lui qui prend son manteau et moi qui me tords, le dos courbé, les mains sur la tête, le front sur la moquette.
 
Biographie de l’auteur

Camille Anseaume est journaliste pour la presse féminine. Elle tient également le blog Café de filles, élu blog coup de coeur de la rédaction de Elle. Son blog est à l’image de ce livre: drôle, émouvant, sensible: http://www.cafedefilles.com.

Elle parle de l’aventure de la sortie de ce premier roman ici: http://www.cafedefilles.com/2014/02/tic-trac/

L’écriture est définitivement très moderne, à l’image des années blogging de l’auteur : le sens de la formule, des «chapitres-billets » presque aérodynamiques, un ton plein d’énergie et de piquant mais aussi de douceur, un -très- juste milieu entre les confidences d’une amie, et une écriture pétillante. Un petit quelque chose de la plume de Jean-Louis Fournier, -au féminin- pour ceux qui connaissent.

Plume vive et efficace, qui évoque-suggère-met-en-scène l’insoupçonné, l’impensable, l’innommable, en si peu de mots. Et si justes. Un coup de crayon qui va à l’essentiel même quand cet essentiel-là, justement, se trouve dans un détail. Un coup de crayon qui vient souligner le sens. Seulement le sens. Le sens qui vient donner toute son épaisseur à cette histoire dont on ne sait finalement si elle est vraie.
Un roman écrit comme de billets de blog… Polaroïds successifs d’une jeune femme, dans les différentes étapes de sa réflexion et de sa décision.

Camille Anseaume partage avec « Un tout petit rien » une histoire universelle, qui parlera à chacun : du couple, de la maternité, de l’enfant-en-devenir, de la famille, de l’amour, du poids de la Mère, et surtout des choix qui nous construisent. Qui nous font vivre. Qui nous font sur-vivre quand vivre est trop éprouvant. Qui nous font re-vivre quand on décide d’arrêter de sur-vivre.

Elle nous parle avec finesse, intelligence et espièglerie de ces choix qui nous révèlent à nous-même et qui nous font être.

La Petite Mauvaise Humeur

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“Quand Pit rencontra Pat, il eurent tout de suite envie de faire un bout de chemin ensemble.
Il s’entendaient si bien… Qu’ils devinrent inséparables ! Leur embarcation était juste assez grande pour deux. La vie était joyeuse et douce. Rien ne pouvait leur arriver ! Mais, petit à petit, le voyage devint monotone. Pit et Pat s’entendaient moins bien. C’est ainsi que s’installa entre eux une petite mauvaise humeur… Qui se mit à grossir, grossir. La mauvaise humeur devint si grosse que tout à coup l’embarcation se brisa ! Comment faire pour se retrouver ? Chacun prit le problème par un bout et se mit à défaire chaque nœud, un par un, très délicatement.
Ce n’était pas facile. Il leur fallut du temps. Mais quand Pit et Pat se retrouvèrent, ils étaient si contents, que cela fit complètement disparaître la petite mauvaise humeur ! “

L’Amitié… c’est tellement précieux!… mais… un grain de sable, un mot qui agace, une incompréhension, et c’est aussi parfois des échanges qui s’effritent, des liens qui se distendent… des émotions que l’on ne partage plus pour un temps. Que l’on ne veut plus partager. Jusqu’au jour où.  Jusqu’au jour où l’on décide que ce soit autrement!…

Qu’on soit enfant, adolescent ou adulte, l’histoire de Pit et de Pat est un peu l’histoire de la vie!… et des choses de la vie. De ces choses qui nous rendent souvent heureux, parfois fragiles, toujours vivants!

Humour et tendresse, sous les illustrations naïves et minimalistes d’Isabelle Carrier! On adore!

Un vrai coup de cœur pour cette illustratrice!… qui ne pouvait que plaire à mon âme d’ortho!

Isabelle Carrier est née en Isère en 1964. Elle est diplômée de l’Ecole des arts-décoratifs de Strasbourg.
Elle vit aujourd’hui en région grenobloise avec son compagnon, Jérôme Ruillier, également auteur-illustrateur, et leurs deux filles. Maman d’une enfant « pas comme les autres » dont La petite casserole d’Anatole (prix Sorcières 2010 du meilleur album) retrace une partie de ce parcours, elle a publié plusieurs albums, tous des succès, chez Albin-Michel, Casterman, Bilboquet et Alice.

 

La Nostalgie Heureuse

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Jusqu’à présent, mon idylle avec le Japon a été parfaite. Elle comporte les ingrédients indispensables aux amours mythiques : rencontre éblouie lors de la petite enfance, arrachement, deuil, nostalgie, nouvelle rencontre à l’âge de 20 ans, intrigue, liaison passionnée, découvertes, péripéties, ambiguïtés, alliance, fuite, pardon, séquelles.
Quand une histoire est à ce point réussie, on redoute de ne pas être à la hauteur pour la suite. J’ai peur des retrouvailles. Je les crains autant que je les désire. »

Les retrouvailles sont des phénomènes si complexes qu’on ne devrait les effectuer qu’après un long apprentissage ou bien tout simplement les interdire. »

Natsukashii , nostalgie heureuse… Parce que la nostalgie triste n existe pas en japonais. Pas de mot pour la dire. Pas de concept pour la penser. La douceur enfantine d’une madeleine de Proust en somme. Il y a du sombre et du mélancolique, mais aussi des moments hilarants ou lumineux dans cette Nostalgie.
Pâles retrouvailles avec le passé… Qui invitent a profiter de l instant… Pour qu un jour, le souvenir devienne « nostalgie heureuse ».

Premières années d’enfance, fondatrices. Premières joies et premières douleurs, indélébiles. Péril des retrouvailles ravivant les deuils. Confrontation risquée avec les souvenirs.

« Ce que l’on a vécu laisse dans la poitrine une musique : c’est elle qu’on s’efforce d’entendre à travers le récit. » Ce récit sans aucune fausse note, où une femme de 44 ans observe la petite fille de 5 ans et la jeune femme de 22 ans qu’elle a été. Étonnante, émouvante et sage Amélie Nothomb qui, « avec les moyens du langage », signe un superbe livre de nostalgie heureuse.

Un voyage qui range le passé dans le présent, sous la forme d’un roman. […] Le Nothomb 2013, « La nostalgie heureuse », est un excellent cru, à goûter sans tarder.

Ma nostalgie heureuse à moi pourrait porter différents noms… Saphir, le premier amour de ma vie, avec lequel j’ai bravé pluie, vent, obstacles en dur, fossés en tous genres, poney’games, galops débridés ou parcours de cross… Saphir savait prendre la tangeante comme aucun autre… Le premier à m’avoir autant apprivoisée que je ne l’ai amadoué. Une complicité qui me laisse un doux souvenir… Souvenir de ce matin de Noël 1990. Une carte postale écrite à l’encre turquoise si familière de ma mère… Accompagnant un sac de pansage contenant le nécessaire de beauté de ce nouveau compagnon, qui nous attendait, Blandine, Amaury, et moi, à dix kilomètres de la cheminée, dans la froideur d’un boxe fraîchement aménagé à notre insu, pour celui qui deviendrait à la fois mon meilleur ami, et mon pire ennemi!… Saphir… Une vraie histoire d’enfant, comme on en vit peu!

Une autre « nostalgie heureuse » serait pour moi celle de la Réunion… 2006-2008… Plus décidée, plus adulte -quoique…-, plus festive. Paradis tropical où sont nées de vraies belles amitiés, de celles qui durent… Au rythme des barbecues, des canyonings, des randonnées, des pool parties, des apéros improvisés sur le lagon, de mon entrée dans la vie professionnelle – entrée édulcorée, j’en conviens -, des nuits blanches aussi… Y est né mon amour pour la salsa, ses rythmes entêtants et colorés, qui vous kidnappent l’esprit autant que le corps!
« Nostalgie heureuse » de la femme, qui regarde, du haut de ses 33 ans, la petite fille, et la presque-femme qu’elle a été. Un hier dans l’aujourd’hui… Gage d’un présent serein.

Le dîner

Le dîner

 

« Si je devais donner une définition du bonheur, ce serait celle-ci : le bonheur se satisfait de lui-même, il n’a pas besoin de témoin.  » Toutes les familles heureuses se ressemblent, les familles malheureuses le sont chacune à leur façon« , dit la première phrase d’Anna Karénine, de Tolstoï.
Je me contenterai tout au plus d’y ajouter que les familles malheureuses – et au sein de ces familles en premier lieu les couples malheureux – n’y parviennent jamais seules.
Plus il y a de témoins, mieux cela vaut. Le malheur est toujours en quête de compagnie.
Le malheur ne peut supporter le silence – et encore moins les silences gênés qui s’installent lorsqu’il se retrouve seul.
Aussi nous sommes-nous souri, Claire et moi, dans le café quand on nous a servi nos bières, sachant que bientôt nous allions passer toute une soirée en compagnie des Lohman : nous vivions le plus beau moment de la soirée, tout n’irait par la suite que de mal en pis. »

 

 

Description de l’éditeur

Succès phénoménal aux Pays-Bas, alliance détonante d’une comédie de mœurs à l’humour ravageur et d’un roman noir à la tension implacable, Le Dîner dresse le portrait de notre société en pleine crise morale. Deux frères se donnent rendez-vous avec leurs épouses dans un restaurant branché d’Amsterdam. Hors-d’œuvre : le maître d’hôtel s’affaire. Plat principal : on parle de tout, des films à l’affiche, des vacances en Dordogne. Dessert : on évite soigneusement le véritable enjeu du dîner, les enfants. Car leurs fils respectifs ont commis un acte d’une violence inouïe. Un café, un digestif, l’addition. Reste la question : jusqu’où irions-nous pour préserver nos enfants ?

 

Biographie de l’auteur

Herman Koch est l’auteur de plusieurs romans, mais c’est Le Dîner qui lui apporte la consécration. Elu Livre de l’année aux Pays-Bas, où il s’est vendu à près de 400 000 exemplaires, traduit dans une quinzaine de langues, salué par la critique internationale, Le Dîner est le premier roman de Herman Koch à paraître en France.

Apéritif, entrée, plat, dessert, digestif, pourboire. Un dîner, et un roman, en six temps… du petit rire franc et moqueur au rire jaune, de l’embarras au malaise, et finalement la nausée, le cœur au bord des lèvres.
Les convives: deux couples. Deux frères que tout oppose, assortis de leurs épouses.
Paul, notre narrateur. Avec ses attaques bien senties, Paul-le-déclassé nous est d’emblée sympathique; il fait mouche et n’a aucun mal à mettre le lecteur dans sa poche… C’en devient malgré tout dérangeant…  La légèreté s’estompe. Le malaise s’installe. Malaise qui ira crescendo. De sympathique Paul, notre narrateur, se révèle au fil des pages insaisissable et inquiétant.
Serge, le grand-frère belle-gueule et séducteur, politicien « arrivé », grand favori pour le mandat de premier ministre,  dépendant de rapidité et efficacité… Qui s’est pris d amour pour l’œnologie, un peu parce que cela fait bien sur sa carte de visite…. Parce qu’il s’est dit que cela ferait partie du tout! Ce grand-frère agaçant qui a toujours un avis sur le dernier Woody Allen… Et qui se moque bien que vous l’ayez vu ou non avant de vous en vanter les mérites ou même de savoir si vous l’avez aimé!

Tout commence sous les allures guillerettes d’une comédie de mœurs. L’humour caustique du narrateur passe à la moulinette les travers des grands bourgeois : hypocrisie et jeu des apparences, triomphe du politiquement correct et de la bonne conscience.

 Entre l’apéritif et le dessert la tension monte, les rivalités s’exacerbent, les personnalités se dévoilent. On glisse en pente douce d’une critique satirique de la société néerlandaises à une vision franchement nauséabonde d’un monde pétrifiant où les enfants sont rois et où la morale n’a plus sa place.
Le sujet: Découverte hasardeuse d’un père. Journal télévisé. Point de rupture. Rupture comme avant ou après la guerre. De menu de téléphone portable en vidéos favorites, de vidéos de surveillance en publications sur You tube, c’en est fait de l’illusion de bonheur de la cellule familiale. Violence. Que faire de cette « vérité »? Tête à tête père-fils douloureux. Une erreur que l’on fait « tout bêtement ». Comme, enfant, on perd son manteau… Ou comme on oublie son cartable. Du « tout bêtement » qui devient irréparable. Criminel.
Le dîner d’Herman Koch  est un Huis-clos qui flirte avec le thriller psychologique. Un texte fascinant, à la fois ambigu et dérangeant !