Un tout petit rien

Ma lecture du week-end...

Camille a 25 ans, la vie devant elle, et une aventure aussi insouciante qu’ incertaine…

Le plus gros engagement qu on ait pris ensemble, c’était de se dire qu on s appellerait en fin de semaine. C était quand même un mardi. […] On s’aime surtout à l’horizontal, et dans le noir, c’est le seul moment où on n’a plus peur de se faire peur, où on ose mélanger nos souffles sans redouter que l’autre se dise que ça va peut-être un peu vite. C’est beaucoup plus que sexuel, c’est beaucoup moins qu’amoureux. C’est nos culs entre deux chaises.

Un tout petit rien. Une pilule du lendemain. Deux barres roses. Un homme qui claque la porte. Un choix à faire. Un choix bien plus compliqué que « VO ou VF? », « avec ou sans sucre? », « dentelle ou satin? ». Un vrai choix.

« Il m’a fait une gastro », se plaît à affirmer la jeune maman. […] Il n’a pas souffert d’une gastro, il l’a faite à sa mère, l’ingrat. L’a désignée comme destinataire, l’a érigée bien malgré lui en actrice principale de sa maladie, lui qui ne récolte que le rôle de figurant de sa propre douleur.

Petite, j’ai fait pas mal d’angines à ma mère. Aujourd’hui, il semblerait que je lui ai fait une grossesse.

Camille Anseaume signe, avec une justesse remarquable, un très joli roman sur le passage à la fois douloureux et réjouissant d’une existence à une autre. Un récit plein de poésie, tendre et drôle. L’histoire, finalement de la venue au monde d’une mère, plus que de celle d’un enfant.

 

Extrait

Les mères adorent raconter en détail le moment où elles ont découvert qu’elles allaient l’être.
En général, ça se passe aux toilettes. La femme tente de viser le bâtonnet. L’homme attend à la porte, impatient et anxieux. De peur d’être déçue du résultat, elle lui tend l’objet sacré et humide, dont il s’empare à pleine main. On en déduit déjà qu’il est très amoureux.
Les quelques secondes qui suivent sont les plus longues de leurs deux vies réunies. Puis, d’une voix tremblante, il annonce le verdict.Pour moi, ça s’est passé presque pareil.
Et quand il a mis fin au silence, c’était pour dire :
«On le garde pas.»Les deux barres sont là. On dirait qu’elles forcent leur couleur pour bien montrer qu’on ne rêve pas. Elles ressemblent à des guillemets, hésitent entre nous sourire ou nous narguer, droites comme des «ii», raides comme nos nuques. On les regarde en silence, ventres noués, en attendant un miracle, que l’une d’elles s’en aille ou se torde, que la couleur change, pour fausser le résultat. Mais la couleur s’intensifie et finalement c’est lui qui prend son manteau et moi qui me tords, le dos courbé, les mains sur la tête, le front sur la moquette.
 
Biographie de l’auteur

Camille Anseaume est journaliste pour la presse féminine. Elle tient également le blog Café de filles, élu blog coup de coeur de la rédaction de Elle. Son blog est à l’image de ce livre: drôle, émouvant, sensible: http://www.cafedefilles.com.

Elle parle de l’aventure de la sortie de ce premier roman ici: http://www.cafedefilles.com/2014/02/tic-trac/

L’écriture est définitivement très moderne, à l’image des années blogging de l’auteur : le sens de la formule, des «chapitres-billets » presque aérodynamiques, un ton plein d’énergie et de piquant mais aussi de douceur, un -très- juste milieu entre les confidences d’une amie, et une écriture pétillante. Un petit quelque chose de la plume de Jean-Louis Fournier, -au féminin- pour ceux qui connaissent.

Plume vive et efficace, qui évoque-suggère-met-en-scène l’insoupçonné, l’impensable, l’innommable, en si peu de mots. Et si justes. Un coup de crayon qui va à l’essentiel même quand cet essentiel-là, justement, se trouve dans un détail. Un coup de crayon qui vient souligner le sens. Seulement le sens. Le sens qui vient donner toute son épaisseur à cette histoire dont on ne sait finalement si elle est vraie.
Un roman écrit comme de billets de blog… Polaroïds successifs d’une jeune femme, dans les différentes étapes de sa réflexion et de sa décision.

Camille Anseaume partage avec « Un tout petit rien » une histoire universelle, qui parlera à chacun : du couple, de la maternité, de l’enfant-en-devenir, de la famille, de l’amour, du poids de la Mère, et surtout des choix qui nous construisent. Qui nous font vivre. Qui nous font sur-vivre quand vivre est trop éprouvant. Qui nous font re-vivre quand on décide d’arrêter de sur-vivre.

Elle nous parle avec finesse, intelligence et espièglerie de ces choix qui nous révèlent à nous-même et qui nous font être.

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