Tu verras

Tu verras

« Mon père me criait de remonter mon jean au-dessus de mes fesses, de cesser d’écouter des chansons vulgaires sur mon iPod, de rapprocher mes coudes à table et de ne pas faire la tête chaque fois qu’il voulait m’emmener au musée. Il ajoutait toujours : « Plus tard, tu comprendras que c’est pour ton bien que je te disais ça, tu verras ». « 

Avec Tu verras, Nicolas Fargues conjugue à son habituelle lucidité une sensibilité jusque-là méconnue. « Tu verras », comme ces trois syllabes que Colin ne cesse de répéter à Clément, 12 ans, écouteurs dans les oreilles, jeans au milieu des fesses et ballades sirupeuses. Mais Clément ne verra rien du tout, happé trop tôt par une rame de métro à la station Montparnasse. Comment dès lors reprendre le cours de sa vie, lorsqu’on est devenu étranger à tout ? Quelle alternative y a-t-il au deuil et à la solitude, sinon la fuite et la mort ? Sombres et lancinantes, ces questions ne forment toutefois pas la seule porte d’entrée de cet émouvant récit. Cinéphile averti et admirateur de Gus van Sant, Nicolas Fargues pose un regard sans complaisance sur les adolescents d’aujourd’hui, ces « adultes comme les autres, tout aussi conformistes et prisonniers de l’apparence ». Et c’est toute la force de ce fascinant roman de ne jamais sombrer dans le pathos, préférant au mélo larmoyant le règlement de comptes sauvage. Avec les femmes, confites d’égoïsme. Avec les médias, théâtres quotidiens de l’humiliation et de la vulgarité. Avec lui-même surtout, misérable trentenaire en plein désarroi.
Derrière Colin, cet alter ego à peine romancé, l’auteur renoue avec ses thèmes de prédilection – la lâcheté de l’homme moderne, le règne du consensus mou, le racisme ordinaire. Mais il donne à son texte une force nouvelle en battant en brèche le mythe de la paternité, plus ambivalente qu’on ne saurait se l’avouer. « Etre père d’un garçon, écrit-il, c’est non seulement ne pas supporter de reconnaître chez son fils ses propres défauts, mais également reproduire chez lui exactement les mêmes erreurs commises avec vous par votre propre père. » En clair, ça cogne sec chez Nicolas Fargues, avec une sérieuse tendance au masochisme et à l’autodépréciation. L’intéressé ne s’en cache pas, et revendique même cette férocité. « Certains ont la métaphore innée. Pas moi. Du coup, j’essaye de compenser une absence de style fort par une honnêteté limpide. C’est ma façon à moi de m’en tirer. »

« Tu verras » de Nicolas FARGUES est un livre coup de poing. Il retrace l’après-drame d’un père perdant son fils unique de 12 ans dans un accident de métro.
Colin a une quarantaine d’années et, après le divorce d’avec la maman, il vivait seul avec son fils Clément. La mort de son enfant le bascule dans le chaos. Il fait le point sur sa vie. Devenu père par accident, il se rend compte que sa raison d’être était son fils.

Il est bien question là du deuil de l’enfant et de la continuité de la vie tout autour. (…)
Parce que le livre est bouleversant dans la description cynique mais non moins pertinente des relations parentales. Colin reprend tous les fondements de sa parentalité. Il était père aimant, exigeant, colérique mais aussi empli de valeurs, de son temps, de sa propre éducation bourgeoise. Se décrit alors tout le quotidien du jeune homme avec ce père, conflit de générations. Ces remontrances sur une époque, une mode, ces injonctions pour l’avenir. Clément si poli, si docile, si aimant, si bien élevé parti avant même d’avoir vécu. Ce Clément s’habillant à la mode du rap, écouteurs aux oreilles, dénigrant le bon orthographe qu’il maitrise pour se mettre à la hauteur des gars qui ont la côte.
La pré-adolescence est rendue crue. le livre dévoile un jeune garçon trop tendre pour cette société. Un fils en perte de confiance, en déroute. Un jeune perdu entre ce père trop intransigeant, le fantasmant adulte, et une norme trop sexuée pour ses premiers désirs. Ce père découvre le monde dans lequel vivait son fils, avec ses communications, ses inspirations, ses premiers émois et ces attaques. La mort n’apparait plus que comme un symptôme de société, une souffrance à être comme les autres.

« Tu verras » déjà par cette simple formulation le ton est donné et on perçoit dès les premières page du roman toute la dureté de ce titre. Nicolas FARGUES situe le point de départ de son histoire dans les premiers jours et les semaines qui suivent l’accident mortel de Clément, âgé de 12 ans et victime d’un accident de métro. Le père revit tour à tour les circonstances du drame mais aussi leur vie et tout ce qui commençait naturellement à les opposer au creux d’un gouffre générationnel tout autant que les liens indéfectibles tissés entre eux et le partage de moments privilégiés inoubliables.

Ce père divorcé nous raconte son amour paternel, ses doutes, ses regrets aussi et la peur d’avoir imposé toutes ces choses qu’on inflige à ses enfants « pour leur bien », « pour plus tard ». Au-delà de la pure émotion que dégage ce roman, c’est dans le vif de questions essentielles que nous transporte ce livre, proprement étincelant : que transmet-t-on à ses enfants? comment vit-on avec eux? comment les aime-t-on?

L’auteur explore ici à travers la souffrance de ce père déchiré, qui remet en question son mode d’éducation, l’actualité de toutes ces questions sans tabous et signe dans un style sobre et plein de pudeur un roman poignant sur l’amour paternel qui nous transperce le coeur sans tomber dans la sensiblerie. « Tu verras » touche aussi à d’autres thèmes d’une société contemporaine narcissique voire immature comme celui des familles éclatées et des enfants écartelés, des parents à mi-temps, des pères rivalisant avec leur fils, etc. Une oeuvre bouleversante et dérangeante!

Un livre poignant, très bien écrit, qui évoque le deuil,les rapports père-fils,la culpabilité,la vie d’un père ayant obtenu la garde de son fils unique,l’amour paternel,la souffrance,un livre qui a reçu le prix France culture Télérama en mars 2011.

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