De là, on voit la mer

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Habituée à manier la fiction et à dominer le réel, une romancière part travailler en Italie sans imaginer que des accidents vont venir bouleverser le cours de son existence et l’obliger à s’interroger sur ses choix, ses renoncements, ses attentes.

« Quand l’histoire commence, on est dans la violence de l’été, l’extravagante violence des étés italiens. le soleil frappe si fort qu’il rend insoutenable au regard le blanc des façades alentour. Il fait aussi la pierre brulante: impossible d’aller pieds nus. La mer au loin est étale, striée de reflets, on dirait des diamants. Et puis il y a ce bleu, le bleu du ciel, partout, sans taches, électrique, tellement pur. Et pas un souffle d’air »

La toscane. L’été. Elle. Lui. Francois. Paris.

Elle: romancière, virtuose du mensonge. Mariée. La quarantaine. En retraite à Livourne pour écrire.
Lui: Luca. Officier de l’Académie navale. 21 ans.
Francois: le mari. Resté à Paris.

Le tableau est peint pour accueillir l’histoire de Philippe Besson.

Un accident de voiture à des centaines de kilomètres, l’enchaînement des circonstances. Plus qu’une histoire adultérine, c’est la vie qui s’emballe. C’est l’attente. C’est la découverte. C’est la désillusion. C’est la solitude.

Des cœurs comme à distance, dans un jeu de superposition et d’incompatibilité. Un regard somme toute assez froid sur ce que vivent de millions de couples, ne serait-ce qu’à Paris, abstraction faite du tableau de départ. Un mensonge en entrainant un autre. On lit la souffrance sans toutefois la toucher du doigt. On lit l’impuissance là où il n’est écrit que l’aventure. On lit la jeunesse qui flirte avec un présumé recul sur la vie. On lit la solitude où il est écrit couple.
Solitude nécessaire de l’écrivain, solitude qui n’est ni oppressante ni douloureuse, mais émancipatrice. De là, on voit la mer, est une ode à la liberté, celle qui implique de faire des choix, de sacrifier ce qui n’a plus raison d’être, liberté sans concession, qui peut sembler brutale, égoïste et déterminée, mais qui permet seule de créer, d’aimer à sa guise, de tenir la barre de son existence sans se soucier des préjugés ni des vents contraires… un magnifique portrait de femme, tranchante et résolue, larguant progressivement les amarres, s’affranchissant de tous ces liens pour voguer sereinement vers une destination connue d’elle seule.

« C’est quelques heures de leur vie dans un lieu inattendu et finalement accueillant, quelques heures à quoi rien n’a ressemblé avant, à quoi rien ne ressemblera après, une parenthèse, une lubie. »

« L’harmonie » s’entrevoit sans s’atteindre. C’est là, peut-être, le premier sujet du livre.

« Tout s’est joué en deux secondes, je voudrais savoir lesquelles » (Paul GUIMARD, Les choses de la vie). Entre deux mensonges, une allusion aux Choses de la Vie… Et pour moi, l’envie de lire ces choses-là.

Lexpress , le 16 janvier 2013
Philippe Besson ausculte avec une immense finesse les souffrances, les jalousies, les fêlures, les non-dits, ces moments où s’enchaînent les circonstances, où s’emballent les machines. Il superpose la vie et l’écriture comme on compare deux façons de mentir.

De là on voit la mer… Un titre qui colle parfaitement au tableau si léger de mes vacances… Première pages: l’été toscan, qui n’est pas sans faire un clin d’œil à l’été andalou dans lequel je me vautre avec délices depuis plusieurs semaines (déjà!)… La torpeur des premières heures de l’apres-midi, des heures frappées de lenteur, des allées bordées de cyprès, la plage… Comme une impression atemporelle. Le décrochage, le vrai. L’automne est encore loin, et l’heure est à l’insouciance. Une impression d’inscription dans quelque chose de parallèle… Une glace. Un ice tea. Un bord de mer. Le soleil!
Le tableau idéal pour savourer le mot juste et le verbe affûté de Philippe Besson.

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