Cohabitation interdite

41+IiORqrbL__AA278_PIkin4,BottomRight,-32,22_AA300_SH20_OU08_

Ils sont jeunes, beaux, et ils s’aiment. Tout devrait donc être pour le mieux dans le meilleur des mondes…
Mais il y a un « mais », et de dimension. Alice est la porte-parole adjointe du parti dont le leader occupe l’Elysée. Guillaume est un député en pleine ascension dans l’opposition.
Provincial, né dans une famille où on a toujours voté à gauche, il n’a a priori aucun point commun avec cette grande bourgeoise parisienne dont la famille est solidement ancrée à droite.
Pourtant, l’amour les a surpris un soir, sans crier gare.
Depuis, ils doivent vivre leur passion en clandestins, à l’insu de tous. Adultes, libres de toute attache sentimentale, ils en sont réduits à se cacher comme des enfants ou des adolescents.
Si, dans leurs partis respectifs, leurs « amis » apprenaient leur liaison, ce serait la catastrophe et un coup de frein, peut-être fatal, à leurs carrières en plein essor.
Alors, comment vont-ils se sortir de cette situation ? C’est le thème de « Cohabitation interdite », une comédie romantique très contemporaine. Si contemporaine qu’elle se trouve rattrapée par l’actualité politique en France.
« Cohabitation interdite » est un roman que l’on verrait bien assorti d’une crème solaire (IP 50 s’il vous plaît!) au fond d’un panier de plage!… une incursion dans les coulisses de la vie politique française d’aujourd’hui.
On imagine aisément ce que ce roman pourrait donner, porté au cinéma… J’y verrais tout à fait Katherine Heigl y flirter avec Edward Burns… ça donne le ton, non?

Une fois découverte la quatrième de couverture, l’intrigue n’est déjà plus si intrigante!… Et c’est dommage!
Une lecture pas désagréable -certes-, facile -certes-, que l’on se représente tout à fait sur la toile – certes-, des personnages attachants -certes (Humm… quoi que souvent téléguidés! je les aurais volontiers habillés de deux ou trois névroses! et de quatre ou cinq moments de solitude! Du court-circuit, en somme!)-… nous voilà bien loin de l’intensité du Roméo et de la Juliette de Shakespeare!
Une sensation finalement assez creuse, inhabitée, comme émoussée, un peu à l’image d’un siège de l’assemblée laissé vacant, -aseptisé!- autour de ce thème qui avait pourtant du chien! Une écriture assez égale, horizontale, presque, desservie par quelques (rares, mais existantes) approximations linguistiques et orthographiques. On passe 15 jours d’été à Biarritz, mais ça n’est finalement ni vraiment l’été, ni vraiment Biarritz!… Un we à la Baule?… guère plus convaincant! Un rôle de maîtresse délaissée puis vindicative, qui s’associe aux calculs malveillants et rancuniers d’un ministre bedonnant? Déjà plus intrigant! Un ensemble peu linéaire, peut-être.

Publicités

Cinquantes nuances de Grey

Cinquantes nuances de Grey

Sauf si vous avez vécu dans un abri anti-atomique ces derniers mois, cette couverture ne peut vous être tout à fait inconnue!

 

4ème de couverture:

Romantique, libérateur et totalement addictif, ce roman vous obsédera, vous possédera et vous marquera à jamais.

Lorsqu’Anastasia Steele, étudiante en littérature, interviewe le richissime jeune chef d’entreprise Christian Grey, elle le trouve très séduisant mais profondément intimidant. Convaincue que leur rencontre a été désastreuse, elle tente de l’oublier – jusqu’à ce qu’il débarque dans le magasin où elle travaille et l’invite à un rendez-vous en tête-à-tête.

Naïve et innocente, Ana ne se reconnait pas dans son désir pour cet homme. Quand il la prévient de garder ses distances, cela ne fait que raviver son trouble.

Mais Grey est tourmenté par des démons intérieurs, et consumé par le besoin de tout contrôler. Lorsqu’ils entament une liaison passionnée, Ana découvre ses propres désirs, ainsi que les secrets obscurs que Grey tient à dissimuler aux regards indiscrets…

Nous voilà ici loin de Shakespeare… et de Molière!… Direction Best-seller…40 millions de lecteurs anglo-saxons, 1,3 million d’exemplaires vendus  en Allemagne, 1,7 million en Italie. A Hollywood, les droits d’adaptation ont été achetés par les studios Universal pour 5 millions de dollars…  Plusieurs acteurs, dont Ryan Gosling (!), Matt Bomer, Ian Somerhalder, Michael Fassbender, Tom Broadwell et Henry Cavill sont pressentis pour le rôle de Christian Grey…
Cinquante nuances de Grey fut d’abord l’œuvre d’une fanfiction; EL James est ancienne productrice de télévision, mariée et mère de deux enfants…. elle auto-édite son roman sur un site Web: une histoire hypersensuelle inspirée de la saga Twilight de Stephenie Meyer . Le bouche-à-oreille dépasse le cercle des aficionados et la pousse à réécrire son texte… Et là… c’est l’engouement médiatique:  un véritable phénomène de société!
Exit les personnages de vampires. E.L. James crée ­Anastasia, une étudiante de Seattle, timide mais prête à tout pour satisfaire les envies de Christian, milliardaire sexy aux ­tendances BDSM – En un mot: l’homme-le-grand-le-vrai-le-beau-le fort!…

Une découverte pour moi… celle du style romance érotique dit « Mommy porn »… avec ses charmes et ses travers.

Soyons un peu cartésiens:
Oui, c’est une histoire d’amour avec des scènes de sexe SM, qui ont cependant encore beaucoup à envier à l’Histoire d’O de Pauline Réage.
Non, ce n’est pas de la grande littérature. Cela a été dit et redit. On le sait.
Oui, le rythme du livre est marqué par un florilège de « Oh mon Dieu! » « Putain! » « Bordel de merde », dont on se passerait volontiers. Autant d’exclamations blasphématoires, leitmotivs qui servent presque de ponctuation.

Mais :
Oui, j’ai plongé à deux pieds joints dans l’addiction
Non, je ne suis ni une ménagère de plus de 50 ans en mal de sensations, ni une adepte de la littérature Harlequin !
Oui, j’ai terminé ce livre – avec plaisir, même! – , et ai enchainé direct avec « 50 nuances plus sombres  » puis « 50 nuances plus claires » !

Certes, cette trilogie n’a jamais eu la prétention de se classer entre Hemingway et Zola… mais elle a les ingrédients qui en font une lecture entre agréable et addictive.

En 2012, Cinquante nuances de Grey remporte le National Book Award britannique dans la catégorie « fiction populaire ».

Un heureux événement

417tWsTByvL__

Désormais ma vie ne m’appartenait plus. Je n’étais plus qu’un creux, un vide, un néant. Désormais, j’étais mère. E.A.

Violent, sincère, impudique, le nouveau roman d’Eliette Abécassis brise les tabous sur la maternité, cet «heureux événement» qui n’est finalement peut-être qu’une idéologie fabriquée de toutes pièces. Après Mon père et Clandestin, la romancière affirme un ton toujours plus personnel, où la fiction se mêle à une analyse subversive de la société.

Normalienne et agrégée de philosophie, Éliette Abécassis alterne romans intimistes (La Répudiée, Mon père, Un heureux événement), thrillers (Qumran, Le Trésor du Temple), sagas (Sépharade) et essais (Petite métaphysique du meurtre, Le Livre des Passeurs, Le Corset invisible).

Voici l’histoire ordinaire d’un couple ordinaire qui va avoir son premier enfant! « on ne nait pas mère, on le devient »! C’est un livre coup-de-poing osant affronter le sacro-saint mythe du bonheur de la maternité qui nie le cataclysme vécu quelquefois jusqu’à briser des vies. Fatigue chronique aux multiples tentacules… Pourtant, au-delà de ce raz-de-marée qui paraît infranchissable, que d’amour de cette jeune maman pour sa petite, toute petite fille ! Trop fusionnel, peut-être. Le rapport de Barbara avec sa grossesse est très particulier!… cela plaît, ou pas! Des mots parfois très durs, une grossesse pas tout à fait comme on l’imagine… Une grossesse qui a marqué la rentrée littéraire 2005.

« Tout était allé si vite. Le bébé, le déménagement, le changement de travail… Pendant que la petite dormait, je défis mes cartons où il y avait toute ma vie. D’anciennes photos de vacances, d’anciennes lettres d’amoureux oubliés, des mots tendres. On vit sans s’en rendre compte et un beau jour, on vieillit. Les photos s’accumulent dans les cartons, avec les cartes postales et les billets d’avion utilisés. Et le temps qui avance, réduisant tout à néant, surplombant les êtres et les choses, superbe, impressionnant, le temps comme le véritable Dieu de l’homme, qui le crée et le réduit en poussière. »

Il était temps qu’on arrête de nous vendre l’arrivée d’un bébé comme LE moment idyllique de notre vie, dégoulinant de bonheur! Un thème qui touche… que l’on soit parent, ou pas!
Mes 32 ans, mon horloge biologique et moi, on a aimé!… Forcément: c’est un peu LE sujet! Pas un scoop!
Bien sûr, notre « expérience » en matière de grossesse se résume encore – encore! – aux récits des copines, qui évoquent – avec des larmes dans les yeux, et un sourire incandescent, le « plus beau jour de leur vie »!… Elles ne tarissent pas d’adjectifs – toujours superlatifs – sur la beauté de ce qu’elles vivent: Extraordinaire, Incroyable, Prodigieux, Inoui, Phénoménal, Vertigineux, Irréel!… Elles y mettent même des majuscules! Elles sont dithyrambiques sur tout ce qui a trait à cette fabuleuse révolution de leur vie! Parfois – rarement, mais parfois – on nous évoquera un vague début de babyblues qui « n’a duré que quelques jours, rassure-toi! »… Voilà nos amies happées par l’ « instinct maternel » qui traverse les générations sans prendre une ride, ces préoccupations que mes talons et moi trouvons assez peu préoccupantes du genre « mac laren? bébé confort? »… « berceau ou minicuna? »…  – et pour cause  (Bah oui, évidemment, en soirée salsa, il y a plus pratique que la 3 roues tout-terrain de chez Chicco, 12.38 kg avec sa capote, freinage progressif, même si c’est le 2.0 de la poussette!) – L’une ou l’autre avouera – rarement – être « impatiente de reprendre le travail… parce que Pampers, blédina et Guigoz 1er âge, ça ramollit! »
Bon … Soyons honnêtes: mes connaissances en  matière de maternité ne sont donc pas encyclopédiques!!!
Alors forcément, à 32 ans, on idéalise, hein! On a vite fait de se laisser attendrir, hein! Forcément, à 32 ans, on se précipite sur ses neveux et nièces, les enfants des copines, les derniers nouveaux-nés en date, bref, tout ce qui s’approche de près ou de loin d’un bébé, hein! On se targue d’avoir reçu « un record de faire-parts de naissances en 2013! » … on s’attendrit… on va même jusqu’à admirer ces sérialmothers qui gèrent avec brio: couple, bébés – au pluriel – , sexe, boulot, style, frigo et petits plats, petits pots maisons (et vive le babycook)!…
On glisse un inoffensif « Au fait, chéri, Laura (TM) vient d’accoucher!… et attends, tu ne vas pas me croire, Aude (TM) attend le second » … Inoffensif, vraiment? – Bon. OK. Sujet plus touchy, tu ne trouves pas. Autant chercher la Tour Eiffel à Shangai!
Alors « un heureux événement« , forcément, ça remet en place! ça te descend vite fait bien fait de ton  baby-mood-nuage, avec un petit effet boulet de canon (sortez les parachutes!)… ça pimente les récits des copines d’un peu de réalité!
Alors là, tout de suite, on sait!… Pas besoin de nous réexpliquer! Mes 32 ans et moi, on a compris que notre horloge biologique peut encore attendre… et que finalement, on n’est plus du tout si pressée!… Qu’on se le dise, cela ne nous empêche pas de craquer sur des petites robes-bloomer adorables au rayon bout’chou de chez monop!…
Merci Eliette Abécassis pour cette tranche de réalité!

Jamais sans ma fille

Jamais sans ma fille

3 Août 1984. Un pressentiment. Dans l’avion qui l’emmène à Téhéran avec son mari, d’origine iranienne, et sa fille, pour quinze jours de vacances, Betty a le sentiment d’avoir commis une erreur irréparable…Deux semaines de vacances qui virent au cauchemar. Le verdict tombe : « Tu ne quitteras jamais l’Iran ! Tu y resteras jusqu’à ta mort. » Des promesses qui volent en éclat: passeports confisqués, fanatisme religieux ambiant, Séquestration, humiliations, violences physiques, chantage et mensonges. Deux semaines qui durent deux ans. Deux victimes: Betty et sa fille. Betty n’a désormais qu’un objectif : rentrer chez elle, aux États-Unis, avec sa fille. Quitter ce pays déchiré par la guerre, ce monde incohérent où la femme n’existe pas. Sa survie: la fuite au cœur d’un conflit irano-irakien qui fait rage.

« Jamais sans ma fille », c’est là où l’histoire familiale peut se confondre avec l’histoire politique. Une histoire d’une force incroyable.
Véritable éclairage sur la société iranienne c’est aussi un témoignage édifiant en faveur des droits de la femme.
Un livre bouleversant et écoeurant, dont on ne sort pas indemne. Une histoire de courage, de volonté, d’amour entre une mère et sa fille. Un témoignage poignant.

 » Absolument ! Je l’ai traité de menteur. Et tu en es un aussi. Tous les deux vous passez votre temps à raconter des histoires…

Mon éclat de colère est coupé net par le terrible coup de poing de Moody. Il m’a touchée en plein visage du côté droit. Je reste un moment sans réaction, trop sonnée pour ressentir la douleur. J’entrevois Mammal et Nasserine qui entrent dans la pièce, curieux de l’incident. J’entends les hurlements terrifiés de ma fille. Et les malédictions enragées de Moody. Et puis la pièce se met à tourner devant mes yeux. Je trébuche jusqu’à la chambre à coucher, le seul refuge, dans l’idée de m’y enfermer jusqu’à ce que la colère de Moody se calme. Mathob me suit en pleurant. J’atteins la chambre, la petite sur mes talons, mais Moody est déjà derrière moi. Ma fille essaie de se glisser entre nous pour nous séparer, il la repousse si violemment qu’elle va valdinguer contre le mur, en hurlant de douleur. Et comme je tente de me précipiter vers elle, Moody me flanque sur le lit d’une bourrade.

Je me mets à crier : « Au secours, Mammal, aide-moi ! » La main droite de Moody attrape mes cheveux et de l’autre il me martèle le visage, Mathob court à nouveau à mon secours, et à nouveau, il l’envoie valdinguer. J’essaie de m’accrocher à lui, mais il est trop fort pour moi. Il me gifle à pleine main, fou de rage :

– Je vais te tuer… Je vais te tuer !

Je lui donne un coup de pied, j’arrive à me dégager un peu de son emprise pour ramper plus loin. Mais il s’acharne sur mon dos à coups de pied vicieux. Une douleur fulgurante me paralyse la colonne vertébrale. […] D’un poing, il me frappe sans discontinuer, de l’autre main il me tire par les cheveux. Une gifle après l’autre, et les injures pleuvent. Il ne cesse de répéter « Je vais te tuer ! Je vais te tuer ! » J’ai beau appeler au secours, ni Mammal ni sa femme n’interviennent. Pas plus que Reza ou Essey, qui m’entendent forcément à l’étage au-dessous.

Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Il frappe. Je suis tombée dans une inconscience proche de la mort qu’il me souhaitait. »

Le quatrième automne

Le quatrième automne

C’est un terrible accident qui broie l’enfance de Julien. Hôpital, rééducation, la réparation du corps est en bonne voie, mais sa voix se brise sur les mots. La parole devient tourment. Il a quatre ans à sa sortie, les feuilles tombent.

Son quatrième Automne.

Dehors le regard d’autrui a changé. Incompris, isolé, seul dans sa bouche, il souffre des maux qui le rongent.
Fustigé par la réalité, prisonnier de ses rêves, il voudrait exister.
La vie, plus puissante que le désespoir, donnera sa chance à Julien. Fort de sa volonté d’être, il fera des rencontres, petits bouts de chemin partagés, qui le grandiront. Mais c’est une femme qui lui offrira l’envie de réussir l’ultime épreuve.

Témoignage d’une souffrance, ce roman donne la mesure de l’exclusion dont le seul critère est la différence. Julien se raconte avec émotion et nous donne une leçon d’humour sur la vie.

Mes journées sont calmes, elles se ressemblent toutes. Je ris, participe à la vie de famille, donne du sourire à mes proches et fais des projets pour mes études. Le soir venu, je m’abandonne à mes songes. Si seul. La nuit, je ne dors pas, je construis des jours heureux, ceux que je ne vivrai jamais. J’imagine des dialogues infinis où je suis libre de parler. Dans mes rêves, je suis un hautparleur. Je ne ressens pas la moindre émotion à l’idée de me donner la mort. Jamais je ne me suis senti si proche de la délivrance. Je renonce à ce monde qui ne veut pas de moi et aux autres dont je ne veux plus. Renoncer au silence sera sans importance.

Telle est mon existence, si frêle, qu’elle vacille dans le vent.

Rien ne s’oppose à la nuit

poster_136846

Convoquant les témoignages des uns et des autres, collectant les documents et les photos, les traces de toutes sortes, Delphine de Vigan retrace en détail la destinée de sa mère, cette jolie Lucile, née en 1946, troisième enfant d’une fratrie de neuf – dont trois mourront en bas âge. Dans cette enquête poignante au coeur de la mémoire familiale, la romancière fait resurgir les souvenirs les plus lumineux comme les secrets les plus enfouis. Un récit sensible et fascinant, qui fait écho aux blessures de chacun…

Audacieux de mettre des mots sur autant d’intimité. Intrépide, hardi, extrême,… hasardeux et imprudent. Suicidaire, presque.
Pas de haute voltige ici. Delphine de Vigan reste sur le fil, aussi ténu soit-il… juste à la frontière entre le trop et le pas assez. Entre la nausée et l’éclat de tendresse. Entre la vie et la mort. Etonnant pour un roman né de la mort!… et pas n’importe quelle mort!… Celle de sa mère, qu’elle découvre un matin d ‘hiver: bleue – Bleue!- C’est à vous glacer le sang! A vous coincer les mots dans la gorge pour un moment!…- Il ne s’agit pourtant pas d’une histoire de deuil. Non, « Rien ne s’oppose à la nuit » n’est pas une histoire triste et larmoyante comme on pourrait l’imaginer… C’est plus une histoire de vie – et même une histoire de Vies – au pluriel. Une histoire de lien – de liens – tantôt envahissants, tantôt lâches, tantôt pervers, tantôt innocents… liens accusateurs ou culpabilisateurs, puis, sans qu’on ne l’aie vu venir, émancipateurs, libérateurs, bienfaiteurs.
Un superbe roman au ton juste, oscillant entre les moments doux et les souvenirs douloureux d’une famille nombreuse abîmée par la vie. Après le prix du Roman Fnac et le prix du Roman France télévisions, Delphine de Vigan remporte le prix Renaudot des lycéens pour Rien ne s’oppose à la nuit (JC Lattès).

Ma mère était bleue, d’un bleu pâle mêlé de cendres, les mains étrangement  plus foncées que le visage, lorsque je l’ai trouvée chez elle, ce matin de  janvier. Les mains comme tachées d’encre, au pli des phalanges.

Ma mère était morte depuis plusieurs jours.

J’ignore combien de secondes voire de minutes il me fallut pour le  comprendre, malgré l’évidence de la situation (ma mère était allongée sur son  lit et ne répondait à aucune sollicitation), un temps très long, maladroit et  fébrile, jusqu’au cri qui est sorti de mes poumons, comme après plusieurs  minutes d’apnée. Encore aujourd’hui, plus de deux ans après, cela reste pour moi  un mystère, par quel mécanisme mon cerveau a-t-il pu tenir si loin de lui la  perception du corps de ma mère, et surtout de son odeur, comment a-t-il pu  mettre tant de temps à accepter l’information qui gisait devant lui ? Ce n’est  pas la seule interrogation que sa mort m’a laissée.

Quatre ou cinq semaines plus tard, dans un état d’hébétude d’une rare  opacité, je recevais le prix des libraires pour un roman dont l’un des  personnages était une mère murée et retirée de tout qui, après des années de  silence, retrouvait l’usage des mots. A la mienne j’avais donné le livre avant  sa parution, fière sans doute d’être venue à bout d’un nouveau roman, consciente  cependant, même à travers la fiction, d’agiter le couteau dans la  plaie.

Je n’ai aucun souvenir du lieu où se passait la remise du prix, ni de la  cérémonie elle-même. La terreur je crois ne m’avait pas quittée ; je souriais  pourtant. Quelques années plus tôt, au père de mes enfants qui me reprochait  d’être dans la fuite en avant (il évoquait cette capacité exaspérante à faire  bonne figure en toute circonstance), j’avais répondu pompeusement que j’étais  dans la vie.

Je souriais aussi au dîner qui fut donné en mon honneur, ma seule  préoccupation étant de tenir debout, puis assise, de ne pas m’effondrer d’un  seul coup dans mon assiette, dans un mouvement de plongeon similaire à celui qui  m’avait projetée, à l’âge de douze ans, la tête la première dans une piscine  vide. Je me souviens de la dimension physique, voire athlétique, que revêtait  cet effort, tenir, oui, même si personne n’était dupe. Il me semblait qu’il  valait mieux contenir le chagrin, le ficeler, l’étouffer, le faire taire,  jusqu’au moment où enfin je me retrouverais seule, plutôt que me laisser aller à  ce qui n’aurait pu être qu’un long hurlement ou, pire encore, un râle, et m’eût  sans aucun doute plaquée au sol. Au cours des derniers mois les évènements qui  me concernaient s’étaient singulièrement précipités, et la vie, cette fois  encore, fixait la barre trop haut. Ainsi, me semblait-il, le temps de la chute,  n’y avait-il rien d’autre à faire que bonne figure, ou bien faire face (quitte à  faire semblant).

Et pour cela je sais depuis longtemps qu’il est préférable de se tenir debout  que couché, et d’éviter de regarder en bas.

(…)

Un soir de ce même hiver, alors que nous rentrions d’un rendez-vous chez le  dentiste et marchions côte à côte sur le trottoir étroit de la rue de la  Folie-Méricourt, mon fils m’a demandé, sans préavis et sans que rien, dans la  conversation qui avait précédé, ait pu l’amener à cette question :

– Grand-mère… elle s’est suicidée, en quelque sorte ?

Encore aujourd’hui quand j’y pense cette question me bouleverse, non pas son  sens mais sa forme, ce en quelque sorte dans la bouche d’un enfant de neuf ans,  une précaution à mon endroit, une manière de tâter le terrain, d’y aller sur la  pointe des pieds. Mais peut-être était-ce de sa part une véritable interrogation  : compte tenu des circonstances, la mort de Lucile devait-elle être considérée  comme un suicide ?

Le jour où j’ai trouvé ma mère chez elle, je n’ai pas pu récupérer mes  enfants. Ils sont restés chez leur père. Le lendemain je leur ai annoncé la mort  de leur grand-mère, je crois que j’ai dit quelque chose comme « Grand-mère est  morte » et, en réponse aux questions qu’ils me posaient : « elle a choisi de  s’endormir » (pourtant j’ai lu Françoise Dolto). Quelques semaines plus tard, mon  fils me rappelait à l’ordre : un chat s’appelait un chat. Grand-mère s’était  suicidée, oui, foutue en l’air, elle avait baissé le rideau, déclaré forfait,  lâché l’affaire, elle avait dit stop, basta, terminado, et elle avait de bonnes  raisons d’en arriver là.

Je ne sais plus quand est venue l’idée d’écrire sur ma mère, autour d’elle,  ou à partir d’elle, je sais combien j’ai refusé cette idée, je l’ai tenue à  distance, le plus longtemps possible, dressant la liste des innombrables auteurs  qui avaient écrit sur la leur, des plus anciens aux plus récents, histoire de me  prouver combien le terrain était miné et le sujet galvaudé, j’ai chassé les  phrases qui me venaient au petit matin ou au détour d’un souvenir, autant de  débuts de romans sous toutes les formes possibles dont je ne voulais pas  entendre le premier mot, j’ai établi la liste des obstacles qui ne manqueraient  pas de se présenter à moi et des risques non mesurables que j’encourais à  entreprendre un tel chantier.

Ma mère constituait un champ trop vaste, trop sombre, trop désespéré : trop  casse-gueule en résumé.

J’ai laissé ma sœur récupérer les lettres, les papiers et les textes écrits  par Lucile, en constituer une malle spéciale qu’elle descendrait bientôt dans sa  cave.

Je n’avais ni la place ni la force.

Et puis j’ai appris à penser à Lucile sans que mon souffle en soit coupé : sa  manière de marcher, le haut du corps penché en avant, son sac tenu en  bandoulière et plaqué sur la hanche, sa manière de tenir sa cigarette, écrasée  entre ses doigts, de foncer tête baissée dans le wagon du métro, le tremblement  de ses mains, la précision de son vocabulaire, son rire bref, qui semblait  l’étonner elle-même, les variations de sa voix sous l’emprise d’une émotion dont  son visage ne portait parfois aucune trace.

J’ai pensé que je ne devais rien oublier de son humour à froid,  fantasmatique, et de sa singulière aptitude à la fantaisie.

(…)

Je ne sais plus à quel moment j’ai capitulé, peut-être le jour où j’ai  compris combien l’écriture, mon écriture, était liée à elle, à ses fictions, ces  moments de délire où la vie lui était devenue si lourde qu’il lui avait fallu  s’en échapper, où sa douleur n’avait pu s’exprimer que par la fable.

Alors j’ai demandé à ses frères et soeurs de me parler d’elle, de me  raconter. Je les ai enregistrés, eux et d’autres, qui avaient connu Lucile et la  famille joyeuse et dévastée qui est la nôtre. J’ai stocké des heures de paroles  numériques sur mon ordinateur, des heures chargées de souvenirs, de silences, de  larmes et de soupirs, de rires et de confidences.

J’ai demandé à ma soeur de récupérer dans sa cave les lettres, les écrits,  les dessins, j’ai cherché, fouillé, gratté, déterré, exhumé. J’ai passé des  heures à lire et à relire, à regarder des films, des photos, j’ai reposé les  mêmes questions, et d’autres encore.

Et puis, comme des dizaines d’auteurs avant moi, j’ai essayé d’écrire ma  mère.

Deux petits pas sur le sable mouillé

51diUAUNLNL__AA278_PIkin4,BottomRight,-54,22_AA300_SH20_OU08_

L’histoire commence sur une plage, quand Anne-Dauphine remarque que sa petite fille marche d’un pas un peu hésitant, son pied pointant vers l’extérieur.
Après une série d’examens, les médecins découvrent que Thaïs est atteinte d’une maladie génétique orpheline. Elle vient de fêter ses deux ans et il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Alors l’auteur fait une promesse à sa fille :

“À la fin de la visite, je rhabille ma princesse sur la table d’auscultation, dos aux médecins, à Loïc et à la psychologue. Je suis entièrement tournée vers elle seule et je lui parle avec la spontanéité d’une mère, d’une mère qui souffre : “Ma Thaïs, tu as entendu tout ce qu’a dit le docteur. Il nous a expliqué que tu ne pourrais plus marcher, plus parler, plus voir, plus bouger. C’est très triste, c’est vrai. Et nous avons beaucoup de chagrin. Mais ma chérie, ça ne nous empêchera jamais de t’aimer. Et de tout faire pour que tu aies une vie heureuse. Je te le promets mon bébé : tu vas avoir une belle vie. Pas une vie comme les autres petites filles ou comme Gaspard, mais une vie dont tu pourras être fière. Et où tu ne manqueras jamais d’amour.” Le nôtre et celui de tant d’autres…”

Ce livre raconte l’histoire de cette promesse et la beauté de cet amour. Tout ce qu’un couple, une famille, des amis, une nounou sont capables de mobiliser et de donner.
Il faut ajouter de la vie aux jours, lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie.

Anne-Dauphine Julliand est née en 1973 à Paris.
Après des études de journalisme, Anne-Dauphine Julliand travaille en presse quotidienne, puis en presse spécialisée. En 2006, elle a 33 ans – autant dire, l’âge de l’insouciance, l’âge où la vie doit nous sourire, l’âge où tout doit être facile. L’âge où elle devrait être une jeune maman heureuse, croquant à pleine dents le bonheur d’élever ses enfants!Mais dans la vraie vie d’Anne-Dauphine, tout n’est pas si facile, et tout n’est pas que sourires innocents. Elle apprend que son deuxième enfant, Thaïs, 2 ans, est atteinte d’une maladie orpheline. Aucun traitement n’existe. Vlan! Il lui reste peu de temps à vivre. Re-vlan! – l’insouciance, tu disais, Flore? – Durant presque deux ans – Deux ans! -, Anne-Dauphine Julliand, épaulée de son mari, sa famille et ses amis, va accompagner Thaïs.
 Cette expérience bouleversante la conduit à écrire. D’abord pour elle, pour son mari et ses enfants. En 2010, elle confie son manuscrit aux éditions des Arènes. Laurent Beccaria et Jean-Baptiste Bourrat sont aussitôt conquis par ce récit bouleversant et l’incroyable force qui s’en dégage.
 Deux petits pas sur le sable mouillé est sorti en mars 2011.

Une lecture poignante. Troublante. Vibrante.
Une lecture qui pour moi est désormais le livre du courage. Du courage à l’état brut.
« C’est pas grave, la mort. C’est triste, mais c’est pas grave ».