Que nos vies aient l’air d’un film parfait

Que nos vies aient l'air d'un film parfait

T’as huit ans et bientôt tu vas entendre la nouvelle qui va te coincer les mots dans la gorge pour longtemps.
Cette nouvelle, tu ne seras pas le premier enfant à l’entendre. Ni le premier, ni le dernier. Des milliers d’enfants, peut-être des millions, qui l’ont entendu l’entendront encore. Des millions d’enfants du divorce.

Que nos vies aient l’air d’un film parfait… 10 mots ou tout est dit. Tout? Presque tout. Un film parfait, ça existe ? Pas évident. Une famille parfaite, ça existe ? Encore moins évident. Encore moins évident quand un jour, la bruine, une chasse aux œufs, une annonce sur le ton d’un « nous » qui sonne faux, et qu’on n’est pas sûr de comprendre quand on a huit ans, une famille qui bascule. Toi, tu es l’enfant du divorce.

« Tu es un traître, un agent double qui devant chaque parent se recompose un visage différent. Tu dois leur faire oublier que tu es l’enfant de l’autre, gommer toute trace en toi de l’autre, tu dois apprendre à perdre la mémoire, même temporairement. »

La violence de ce monde de grands, qui te saute à la gorge quand toi, tu es petit. L’injustice de devoir subir les caprices des grands. La folie des grands. L’impuissance des grands. La nausée de voir son enfance prise en otage, par un chantage odieux. Une famille qui éclate. Hiroshima n’a rien à envier à cette implosion-là. Une histoire dans laquelle la mère devient « ta mère ». Une histoire où le fils devient « ton fils ». On y est dépossédé du lien. Du lien père-fils, du lien mère-fille, du lien frère-sœur, tu lien père-mère. Vertige. Violence. Malaise. Ravage. Une histoire d’enfance bradée. Le divorce devient celui d’une sœur avec son frère.
Le mensonge, la trahison, le flou. Tu as huit ans, et le jour est venu de ne plus être petit.

Et pour dire tout cela : des mots. Des mots crus, des mots durs, des mots vrais. Des mots saisissants, cuisants, coupants. Des voix qui se répondent, qui s’accusent, qui se pardonnent. Un enfant qui ne prend la parole qu’au tout dernier moment. Quand il est déjà grand. Quand tout a été dit. Quand rien n’a été dit. Là où juges et psychologues ont échoué. Quand les souvenirs ne sont plus. Parce que « il paraît qu’un souvenir, au bout de 10 ans, si t’y penses jamais, eh bien il s’efface, il te sort de la tête, tout simplement. »

Sublime. Une lecture dure et vraie, qui nous emporte. Bouleversant.
Une écriture à la fois hachée et fluide, qui donne envie d’aller davantage à la rencontre de Carole Fives. Prochaine étape : « Quand nous serons heureux ».
Un vrai coup de cœur.

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