Le petit Bonzi

Le petit Bonzi

Jacques est en CM2.De sa maison à l’école, il prend toujours le même chemin, à l’endroit ou à l’envers. Caresse ici une pierre, là le dos d’un banc comme pour se rassurer. Jacques a du mal avec les mots qui roulent dans sa bouche et ne passent pas le bord des lèvres. Jacques est bègue, Jacques est seul comme pris de sidération. Seul avec le petit Bonzi , son ombre jumelle qui l’accompagne pas à pas, lui soufflant à l’oreille les vrais mots à dire, les décisions à prendre. Que deviendra le petit Bonzi quand Manu, le merveilleux maître d’école aura dénoué les peurs de Jacques?Jacques est un petit prince à qui on dessinerait un mouton! N’oubliez pas le petit Bonzi qui murmure en chacun de nous!
Un livre merveilleux de fraîcheur, de délicatesse, de sensibilité. Une écriture belle et rare…

Lyon. Nous sommes un 22 octobre, à une JMB (journée mondiale du Bégaiement), en 2005. Je suis étudiante. Ma dernière année. Nous voilà à quelques mois de la grande soutenance qui me terrifie à l’avance. A seulement quelques mois du grand saut. Pression, pression! Un grand saut m’avait déjà été imposé un petit mois auparavant. Un grand saut dont on se passerait. On ne m’imposerait pas le prochain. J’étais « née » quelques semaines plus tôt. Un accouchement rapide et violent. Douloureux. Dont je n’étais pas encore remise. Ce 22 octobre là a été très spécial. Me voilà, après des heures à bûcher sur la neuropsychologie de l’enfant, la conduite du bilan de l’adulte aphasique – avec ce foutu modèle à tiroirs de Hillis et Camarazza – dans cette salle. Anodine. Banale. Presque froide. A mes côtés, Raph’, Alice, Mathilde. –  Quelle tendresse ces trois prénoms-là m’évoquent! Mes trois amies les plus chères. Atos, Portos et Aramis n’ont rien à leur envier! – Nous nous glissons au deuxième ou troisième rang. Je ne sais plus bien.

Puis, c’est l’entrée de Sylvie Brignone, déléguée régionale de l’APB (Association Parole Bégaiement www.begaiement.org), à l’époque. Juliette de Chassey, qui m’apprendrait tant par la suite.

Leur invité: Sorj Chalandon.

Journaliste à Libération depuis 1974. Le petit Bonzi est son premier Roman. C’est l’histoire de Jacques Rougeron, un enfant des années 1960, qu’aurait pu être Sorj Chalandon. C’est presque la voix de l’enfant, qui nous raconte. Une voix qui m’émeut. Une voix qui me touche. La voix d’un enfant de douze ans comme les autres, enfin semble-t’il.  Une voix qui bégaie. Une voix exposée à la moquerie. une voix que l’on ne comprend pas. Une voix qui pleure. J’écoute. Je pleure. Ce n’est pas seulement la souffrance d’un enfant bègue des années 1960 qui nous est racontée, mais aussi le quotidien d’un enfant tout court de cette époque. Rêve. Réalité. Jeudis de liberté. Maître au visage sévère mais à l’âme douce et généreuse. Camarades de classe. Mensonges. Ragots. Méchanceté. Le dépouillement au profit de la pureté des mots. Un ton qui reste enfantin mais des mots qui sonnent vrais, justes, purs. Le Petit Bonzi c’est les difficultés de l’enfance. C’est la souffrance d’un handicap. C’est l’émotion. C’est l’amour des mots de son auteur.

Je ne m’attendais pas à cela, ce 22 octobre 2005. Il pleuvait. Je suis rentrée quai Fulchiron. Et, négligeant mon estomac qui criait pourtant famine, me suis plongée dans la lecture de cette enfance-là. Avec émotion et pudeur. A fleur de peau. Je ne m’attendais pas à cela.

Cela, c’est aujourd’hui mon quotidien!

Vous en avez rencontré, vous en connaissez… des enfants qui, forts de leur premiers mois s’éveillent à la vie… un matin ils s’assoient, le lendemain marchent à quatre pattes, le surlendemain, tombent, se relèvent, réessayent, font un pas, puis deux… Déjà d’un hasardeux B.A-BA, ils façonnent des syllabes, qui deviendront des mots… des mots qui deviendront farandole dans des phrases rythmées, avec l’innocence, la douceur et l’harmonie de l’enfance. Quelle joie que d’assister aux premiers pas d’un tout petit… premiers pas dans sa vie, premiers pas vers la conquête de son langage… tellement fier de chacune de ses victoires, sous le regard attendri de ses parents…  J’ai rencontré ces enfants-là. Cette joie-là. Cette insouciance-là. Que d’images me viennent pour mettre tout cela en mots.

J’ai rencontré aussi d’autres enfants. D’autres enfants pour lesquels les plus petites victoires sont moins faciles, plus coûteuses. D’autres enfants qu’un simple regard ne suffit pas à porter vers les mêmes conquêtes. Je suis orthophoniste. Orthophoniste qui devient plus orthophoniste encore à chacune de ces rencontres. Au détour d’une de ces rencontres-là, d’ailleurs, j’en ai fait une autre. Celle du bégaiement. Celle de ce trouble dont il est si difficile de parler… qui laisse souvent sans mots. Parfois sans images. Et cette rencontre-là, je la dois, en tout premier lieu, au Petit Bonzi.

Prix du premier roman de l’université d’Artois. Prix de l’École normale supérieure de Cachan. Prix du premier roman du Touquet.

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