Ce qui nous lie

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Ce recueil de nouvelles nous entraîne dans la valse colorée des liens, fragiles ou indéfectibles, salvateurs ou destructeurs, tissés pour un jour ou pour toujours avec parents, amis et tous ceux qui nous lient. Comme dans un kaléidoscope, nous voyons se former et se déformer ces relations ; sentiments forts, confus, complexes, artificiels…

Fan de la plume de Gaëlle PINGAULT, que j’avais découverte à travers « Bref, ils ont besoin d ‘un orthophoniste! » , je savoure à l’avance Ce qui nous lie

ça commence comme cela…

…Dieu qu’elle est belle ! Elle n’a pas changé. Enfin si. Bien sûr que si. Ça ne veut rien dire, pas changé, tout le monde change. Mais elle ne s’est pas altérée. Elle a toujours ces formes voluptueuses, ces yeux rieurs pas tout à fait symétriques, cette bouche ronde et gourmande, ces pommettes juteuses. Toujours cette peau dorée, ces cheveux noirs profond, cet accent craquant. La même vitalité débordante émane d’elle. Muy guapa, disait-il. Et elle riait de son accent approximatif, du « ou » qui traînait trop quand il prononçait muy. Elle disait tu n’es pas assez vif, pas assez pétillant, tu dis moui et pas muy, et puis elle riait encore. Elle insistait sur la tonicité de la langue espagnole, mon dieu tu ne peux pas la parler en mode « économie d’énergie », tu ne peux pas ! Débrouille-toi ! Et elle riait inlassablement.
Elle est toujours aussi guapa. Dominique en a le souffle coupé. Dix ans qu’il ne l’a pas vue, et le coup au ventre reste le même, puissant. Ça cogne et ça aspire au dedans de lui. Il ne dit rien. Il ne peut pas. Il est heureux, il se sent vivant, il sourit. Maria est là, avec lui, au restaurant. Après dix ans, Maria ne l’a pas oublié, Maria est venue. Pourquoi maintenant, la question est bonne, mais il s’en contrefout. C’est bien d’être là, c’est si bien, si bien.

L’auteur

Gaëlle Pingault, née en 1976, est orthophoniste. Elle travaille en région parisienne mais son cœur est définitivement breton. Ce qui nous lie est son deuxième recueil. Le premier (paru aussi chez Quadrature) – On n’est jamais préparé à ça – a reçu le prix Nouvelles d’automne 2010.

C’était il y a cinq ans! Cinq ans, Gaëlle!… tu m’écoutes? Nous vivions à des milliers de kilomètres l’une de l’autre… chacune sa vie. Chacune ses préoccupations. A chaque âge ses plaisirs, ça doit être quelque chose qui ressemble à cela. Toi en mode bébé, moi en mode retour! Retour à quoi d’ailleurs? Y avait-il seulement eu un départ? géographique, ok. Mais est-ce parce qu’il y a départ géographique qu’il y a vraiment départ? Bref. Je débutais, tu t’affirmais. Tu avais déjà un premier bébé. Tu lui avais choisi un prénom bizarre. On se demande quel genre de grossesse peut bien amener à choisir un prénom pareil. On imagine aussi un accouchement long et laborieux. Quand on y pense: « on n’est jamais préparé à ça », c’est pas un prénom facile tous les jours!… C’est un peu comme cela que je t’ai rencontrée Gaëlle!
Nous avions signé. C’était d’accord. Je vivrais pour toi ce break espace-temps, au fur et à mesure que tu t’arrondirais. Je serais ton double le temps de ton congé mat’. Frustrant de « remplacer ». D’être « là » un peu comme dans une salle d’attente. On essaye. On veut faire « aussi bien que ». On se met la pression, puis, on finit par prendre ses marques. On se rassure comme on peut, et, quand à force d’essayer, de douter, de reprendre confiance et de douter à nouveau, on y arrive, c’est l’heure de partir. Et c’était il y a cinq ans.
Il y a eu, un mercredi après-midi, je me souviens très bien, un trou dans le grand-huit des rendez-vous qui s’enchaînent. Un vide. Tout allait si vite à ce moment-là: « il y a cinq ans ». La moi d’il y a cinq ans devait être à quelques détails près la moi d’aujourd’hui, mais version bolide, monté sur rétro-propulseur supra sonique… alors un vide! un vide, c’est exactement ce qu’il me fallait ce mercredi-là, à cette heure-là, dans ce bureau-là. Conscience professionnelle oblige, négligeant le thé que je venais de préparer, je me suis dirigée vers l’étagère. c’est tout bête une étagère quand on y pense. Quatre planches de bois. Quelques bouquins et autres classeurs qui tentent inévitablement de s’exclure du rayon les uns les autres, comme si, une fois le voisin parti, leur valeur deviendrait exponentielle comme cela, d’un simple bruit sourd de papier qui tombe de sa hauteur. A ce moment précis, c’est ton « bébé », premier du nom, qui est tombé de l’étagère. Je l’ai ramassé et m’apprêtais à le remettre en place quand j’ai lu ton nom, Gaëlle!… Juste au-dessus de son « prénom » à lui. Tiens!… Gaëlle écrit? ah… Pour être parfaitement honnête, je t’ai imaginée un instant en costume de superwoman, puis, c’est l’image de cat’woman qui m’est venue. L’idée m’a amusée. Et c’est amusée que j’ai ouvert ce recueil que j’avais encore dans les mains, simplement parce que les lois de la gravité en avaient décidé ainsi. Si Isaac Newton savait!!! De super-ortho, tu devenais super-héroïne (ça se dit sans doute aussi au féminin ce truc-là…), – Là, Newton n’y est pour rien – et… je me suis plongée dans cette nouvelle qui parlait de chocolat chaud, et de réveil un samedi matin… d’une maison endormie et de petits pas d’enfant dans l’escalier… J’ai lu. J’ai lu et j’ai aimé!… Pas en entier. Pas un mercredi après-midi. Pas à cette heure-là. pas dans cette vie-là. Le vide Ok, mais 20 minutes, c’est déjà bien, hein? Bref. J’ai lu, j’ai aimé, et j’ai enchaîné. J’ai repris ma vie version « attrape-moi si tu peux ». Et j’ai oublié. L’échange a eu lieu à l’envers. Chacune a repris sa vie, ses préoccupations, son âge, et ses plaisirs.
L’heure du retour est loin, aujourd’hui. Toi tu t’es désarrondie, et moi j’ai grandi. J’ai ralenti, aussi.
Que sont devenus ce chocolat chaud et ces petits pas dans l’escalier? Amusant que ce soit 5 ans après que je me pose la question! Tu me diras, d’autres écrivent bien des romans sur ce thème-là, et là, ne parlent pas de 5 ans après, mais de « 7 ans après ». Alors aujourd’hui, je me souviens. Je me souviens avoir lu, et avoir aimé. Peut-être a-t ‘il fallu, Gaëlle, qu’en plein vol pour Venise, en novembre, je me plonge dans « Bref, ils ont besoin d’un orthophoniste! »… ton troisième « bébé »! Là encore, J’ai lu. J’ai aimé. J’ai pleuré. J’ai, comme vécu ces bribes de vies qui nous lient aussi à nos rencontres du quotidien. Avec un regard neuf, différent, plus mûr, plus abouti. Un regard qui a ce je ne sais quoi de cat’woman. Le tien, Gaëlle.
C’était il y a cinq ans… et je n’oublie pas.
Je suis en train de faire la connaissance de ton deuxième « bébé »… et j’aime.

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